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Ignazio Cassis en compagnie de son prédécesseur au Conseil fédéral Didier Burkhalter. Berne, 28 septembre 2017
© SARAH ENNEMOSER / Keystone

Antichambre fédérale

Un micro-œuf de Colomb

Les Suisses entendent conserver et élargir leur participation au marché européen sans rien perdre de leur souveraineté et de leur liberté d’action. Leur problème est pour l’instant la forme de concubinage – si l’on peut traduire ainsi l’accord-cadre – que voudrait leur imposer Bruxelles, écrit notre chroniqueur D.S. Miéville

La succession de Didier Burkhalter est réglée. L’on ne peut qu’attendre qu’Ignazio Cassis prenne les choses en main et opère un «reset» du programme du Conseil fédéral pour appréhender la façon dont vont se développer les relations entre la Suisse et l’UE. Pour l’heure, la question demeure absente des préoccupations du monde politique et de l’opinion, alors même que l’actualité européenne est aussi riche que mouvementée. On doit juste noter que la NZZ défend le bilan du futur ex-chef du DFAE, envers lequel elle n’a pas toujours été très tendre, en faisant porter au collège gouvernemental la responsabilité de sa grande solitude.

Dans l’immédiat, la crise ouverte cette semaine par l’affirmation de la volonté d’indépendance de la Catalogne relègue à l'arrière-plan tous les autres conflits et défis que doit affronter l’Union européenne. Le drame ne fait que commencer et la chronique d’un désastre n’en est qu’à ses premiers épisodes. Les milieux politiques suisses y réagissent bien sûr de façon pavlovienne en parlant de «bons offices».

Pas si mal tirés

Il reste surprenant que l’on ne s’intéresse pas plus, chez nous, au psychodrame du Brexit, qui associe au jeu politique la dimension d’une tragédie, non seulement sur le fond mais également sur la forme. Il est vrai qu’il est difficile d’imaginer, dans notre personnel politique, des figures à la hauteur du scénario de l’affrontement entre Londres et Bruxelles. Tant la course à l’abîme pathétique de Theresa May que les bouffonneries grotesques de Boris Johnson, sans parler des personnages secondaires dont les lames brillent dans la pénombre, ont une dimension shakespearienne dont on chercherait en vain la moindre étincelle au Palais fédéral et dans ses alentours. Une lecture quotidienne et comparée du Guardian (libéral de gauche qui n’épargne personne) et du Telegraph (l’équivalent d’une Weltwoche quotidienne avec en prime une rubrique Royals furieusement couleur locale) permet d’en dresser une chronique instructive.

La problématique est certes différente à Londres et à Berne. Mais la manière dont les Britanniques se déchirent pour traduire dans les faits l’injonction populaire de quitter l’Union européenne, l’affrontement entre le «hard» et le «soft» Brexit, n’est pas sans rappeler la manière dont le Conseil fédéral et le Parlement ont, à grand-peine, interprété et mis en œuvre l’initiative populaire contre l’immigration de masse. La comparaison confère à l’exercice, a posteriori, une sorte de normalité. Comme s’il était fatal qu’une proposition formulée de façon ambiguë et trompeuse ne puisse être traduite dans les faits que de façon également ambiguë et contournée. Tout compte fait, nous ne nous en sommes pas si mal tirés, sans préjuger de l’avenir.

Quel concubinage avec Bruxelles?

Pour l’avenir, il y a également quelques enseignements à tirer de l’intransigeance de Bruxelles. Les Britanniques, à ce qu’il semble, veulent moins un divorce en bonne et due forme que la conclusion d’un nouveau contrat de mariage en forme d’union libre déséquilibrée leur garantissant l’accès au marché sans guère de contreparties. Le blocage des négociations à Bruxelles paraît résulter de ce qu’ils prétendent s’assurer du premier avant de discuter des deuxièmes.

Les Suisses, quant à eux, entendent conserver et élargir leur participation au marché européen sans rien perdre de leur souveraineté et de leur liberté d’action. On sait qu’ils rejettent, avec une majorité proche de l’unanimité, toute perspective de mariage. Leur problème est pour l’instant la forme de concubinage – si l’on peut traduire ainsi l’accord-cadre – que voudrait leur imposer Bruxelles. Le climat politique s’est durci sur la question et l’on ne sait pas trop sur quelle ligne le Conseil fédéral va camper. Un micro-œuf de Colomb a toutefois été pondu et reste à couver. Trouver une autre appellation pour l’accord-cadre devrait le rendre plus aimable. On devrait lancer un concours public, comme pour l’hymne national.

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