Editorial

Quand un milliard ne suffit pas

Les grandes banques genevoises ont continué à attirer des fonds ces dernières années, mais leur rentabilité se trouve sous forte pression

Les cinq plus grandes banques privées genevoises gèrent 1080 milliards de francs d’actifs. Et en 2016, les Pictet, Lombard Odier, UBP, J. Safra Sarasin et Edmond de Rothschild ont dégagé un bénéfice net cumulé dépassant un milliard de francs – 1,038 milliard, pour être précis. Ce qui cache, paradoxalement, une rentabilité extrêmement basse. Leurs masses sous gestion ont continué à progresser ces dernières années, pour atteindre des niveaux records, alors que les marges nettes ont suivi une trajectoire inverse.

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Maintenant qu’ils ont publié leurs résultats annuels 2016, on sait que ces cinq géants genevois de la gestion de fortune s’occupent d’avoirs représentant près d’une fois et demie le produit intérieur brut de la Suisse. C’est environ la moitié des actifs confiés à UBS, mais l’important est que ce chiffre de 1080 milliards reflète une augmentation continue ces dernières années.

L’environnement n’a pourtant pas été des plus propice, entre la fin du secret bancaire, la régularisation fiscale des fortunes européennes notamment, la crise financière, des marchés difficiles ou d’importantes incertitudes sur l’avenir de l’Europe ou des Etats-Unis. Malgré cela, l’argent a continué à entrer en Suisse.

Entre 2014 et fin 2016, la fortune totale confiée à ces cinq grandes banques genevoises a progressé de 7,5%. C’est aussi parce que les établissements suisses se sont développés à l’étranger, pour se rapprocher de leurs clients. Ce qui pose un premier problème: les nouveaux emplois sont souvent davantage créés hors de Suisse.

L’autre problème est que ces masses sous gestion record rapportent moins de revenus. Les marchés ont été difficiles, décourageant les clients de multiplier les opérations et abaissant mécaniquement les commissions encaissées par les banques. A l’inverse, les coûts ont augmenté, notamment sous l’effet des réglementations instaurées en réaction à la crise financière. Résultats, les marges nettes des cinq grands acteurs genevois sur les avoirs qu’ils gèrent (par opposition aux actifs en dépôt et aux autres activités) tournent entre 0,06% et 0,15%, selon les estimations que nous avons recueillies. C’est très peu.

Et l’on parle ici des plus grandes maisons de la place, qui ont accumulé pendant des décennies des réserves, des fonds propres, qui leur donnent une assise enviable. Les études n’ont pas manqué, ces dernières années, pour annoncer qu’un tiers des banques suisses se trouvait en situation de déclin ou de perte. Ou que 10% d’entre elles disparaîtraient dans les deux ou trois prochaines années.

Ce contexte tendu va continuer tant que les marchés seront perçus comme imprévisibles, que les taux d’intérêt resteront bas ou négatifs, que la santé des pays européens sera fragile et que Donald Trump n’aura pas appliqué les promesses électorales qui ont séduit les investisseurs. D’ici-là, mieux vaudra avoir les reins solides. Même pour les cinq banques genevoises qui ont gagné plus d’un milliard cumulé l’an dernier.

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