Réunis jeudi et vendredi à Newport, au pays de Galles, les vingt-huit membres de l’OTAN sont confrontés à un moment de vérité. Les événements d’Ukraine, qui peuvent potentiellement déboucher sur une guerre avec la seconde puissance nucléaire de la planète, la Russie, sont d’une rare gravité. Jusqu’ici, pour tenter de contenir les actions déstabilisatrices orchestrées par le président russe, les Occidentaux ont adopté des sanctions qui prendront du temps à produire leurs effets.

A Newport, l’enjeu du sommet va au-delà de ces mesures. Depuis la fin de la Guerre froide et de la crise économique de 2008, l’Alliance atlantique est portée à bout de bras par les Etats-Unis après que les autres membres de l’OTAN, du Canada à la Turquie en passant par l’Europe, ont fortement diminué leurs dépenses militaires. Or, pour faire barrage aux coups de boutoir de Vladimir Poutine, les Etats occidentaux doivent s’unir et assumer chacun leur part de responsabilité. Et montrer au maître du Kremlin que leur volonté de dialogue avec Moscou ne peut faire l’économie d’un hard power devant servir de garde-fou. Face à un camp occidental uni dans la défense de ses principes, Vladimir Poutine pourrait infléchir sa politique aventureuse.

La réunion de Newport est cependant davantage qu’un conclave de militaires. Elle représente une occasion pour les Occidentaux de réaffirmer leurs valeurs démocratiques remises en question par le maître du Kremlin, par Pékin, par l’Etat islamique, voire par le premier ministre hongrois, Viktor Orban. Barack Obama a bien compris que, face à un ordre mondial soumis aux forces de la globalisation et de l’autoritarisme, l’Amérique seule ne sera pas à la hauteur du défi, d’autant plus que le poids relatif de l’Occident est en déclin.

Il ne s’agit pas pour les Occidentaux de se barricader, mais de se rassembler pour contrer ce qui est présenté comme des modèles alternatifs de gouvernance qui font peu cas de la liberté individuelle. Cela ne passe pas par les tons guerriers du néoconservateur secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, qui affirme encore laisser la porte ouverte à l’adhésion de Kiev à l’Alliance atlantique. Mais par une position ferme et ouverte face à Vladimir Poutine. A considérer la dynamique qui anima le sommet de l’OTAN à Lisbonne en 2010, l’histoire montre que la coopération entre l’Occident et la Russie n’est pas qu’une simple vue de l’esprit.