Les phares sont une antiquité technologique, ils ne sont plus utiles aux bateaux mais ils n’ont pas quitté notre imaginaire. Inhabités, assombris, ils restent le symbole de nos repères dans le noir, la lueur qui certifie nos routes. Nous venons d’en perdre un. Ravagée par des assauts furieux d’une tempête de quatre ans, La-démocratie-américaine n’est plus en état de guider. Ce n’était pas le phare d’Alexandrie, non, mais le support idéalisé qu’il nous fallait pour croire en la puissance prescriptive d’un Etat libre. Avoir résisté à l’hitlérisme et contenu le stalinisme gratifiait les Etats-Unis du double statut de puissance et de modèle. Hollywood et le Pentagone entretenaient conjointement les images: force, pouvoir et liberté. Elles diffusaient. Se discutaient. Se comparaient. Scandalisaient. Depuis deux semaines, elles font rire. La magie s’est dissipée.

Les institutions ont résisté aux furies trumpistes, un nouveau président est élu et bientôt en fonction. Certes. Il procédera aux réparations d’urgence. Il ne pourra pourtant pas rallumer la lumière au-delà des côtes nord-américaines. L’Occident politique s’est éteint. Restent des démocraties qui se défendent comme elles peuvent de l’agressivité des mécontents, du ricanement des sceptiques, du relâchement des démocrates et de la perfidie des dictateurs. Le monde est maintenant sans La-démocratie-américaine.