Il y a peu de temps, les Etats-Unis proposaient de réduire les taxes sur le commerce des produits agricoles d'une moyenne de 62% à 15% sur une période de cinq ans. Sur la même lancée, ils ont demandé mardi l'abolition de tous les droits sur les produits non agricoles d'ici à 2015. L'annonce est spectaculaire. De passage récemment à Genève, Peter Allgeier, numéro deux au Département d'Etat au commerce, indiquait que les Etats-Unis entendaient se faire les champions de l'avancement de l'agenda de Doha qui entend poursuivre la libéralisation du commerce mondial. C'était une belle profession de foi. Les dernières propositions vont dans ce sens. Du reste, elles mettent à mal à l'aise l'Union européenne dont les propositions sont tombées début novembre mais n'ont impressionné personne. Bruxelles est surtout attendue au contour sur le dossier agricole où elle consacre 60milliards de dollars en subventions par année.

Ne soyons pas dupes, il va de soi que les propositions faites hier visent avant tout à soutenir les exportations américaines. Les droits sont plus élevés dans les pays émergents qui les justifient au nom de la protection des industries naissantes. Cet argument est valable, mais il n'est pas toujours vrai. Dans de nombreux pays, les douanes ne sont que des vaches à lait pour financer les budgets d'Etat alors que les entrepreneurs sont étranglés par des taxes sur les importations d'équipements. Mais peut-on vraiment croire les Américains alors qu'ils viennent d'introduire des taxes allant jusqu'à 30% sur l'importation de l'acier? Leur proposition est en tout cas une occasion en or pour tester leur bonne foi sur l'acier mais aussi sur le textile, produit d'exportation pour les pays pauvres. Les Etats-Unis imposent des droits punitifs dans ce secteur et l'Inde, le Pakistan et la Chine se préparent à déclencher la guerre du textile. Mais l'administration Bush pourra-t-elle résister à la pression des Carolines du Nord et du Sud, fiefs républicains et poumons de l'industrie textile américaine, pour faire du dossier textile une exception à l'OMC? Le test mérite d'être suivi avec attention et sans préjugé.

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