Depuis le début de la pandémie, de nombreuses voix s’élèvent pour reconstruire un monde plus juste et plus durable. Or cela ne sera possible que si nous investissons dans les populations rurales d’Afrique et des autres continents.  

Les 500 millions de petites exploitations agricoles du monde font vivre entre 2 et 3 milliards de personnes. En Afrique subsaharienne, les petites fermes produisent plus de 70% des calories alimentaires de la région, et près de 60% de la population active tire ses revenus de l’agriculture.

Ces femmes, ces hommes et ces jeunes qui nourrissent le continent sont les premiers à souffrir de la faim et de la pauvreté.  Environ 80% des personnes les plus pauvres de la planète vivent en zone rurale. En Afrique, avant la pandémie, 250 millions de personnes étaient sous-alimentées, soit 19% de la population. Cette prévalence pourrait dépasser 25% en 2030. En Afrique subsaharienne, plus de 57% de la population ne peut se permettre une alimentation nutritive.

Profonde iniquité

Notre monde ne sera ni juste, ni durable, si cette partie de l’humanité qui nourrit la planète ne peut subvenir à ses besoins et vivre dignement. Cette profonde iniquité est source de conflits et de migrations. 

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Cette situation n’est pourtant pas une fatalité. La transformation de l’agriculture africaine en une agriculture plus moderne, associée à des chaines de valeur agro-alimentaires locales sources de revenus et d’emplois décents, est possible. De nombreux gouvernements africains et bailleurs de fonds internationaux s’y emploient et enregistrent des progrès. Mais nous devons faire beaucoup plus et beaucoup plus vite, notamment en raison de l’urgence climatique qui affecte en premier lieu les moyens de subsistance des populations rurales.

Le sommet mondial sur les systèmes alimentaires organisé à l’initiative du Secrétaire général des Nations unies en septembre prochain est une occasion sans précédent de revoir la façon dont le monde produit, transforme et consomme les aliments. Ces systèmes doivent être durables et équitables pour être efficaces.

Investissements massifs

Or la population africaine devrait doubler d’ici 2030 tandis que son régime alimentaire continue à se diversifier. Cette croissance de la demande en produits alimentaires nourrissants et variés offres des opportunités immenses. Les marchés agro-alimentaires africains devraient ainsi tripler et atteindre environ 1 000 milliards de dollars d’ici 2030.

Il s’agit aujourd’hui d’investir massivement dans les petites et moyennes entreprises (PME) locales dans le secteur de la transformation, de la distribution, du marketing des produits agricoles et des services. Cette économie agro-alimentaire est un vivier significatif d’emplois, notamment pour les 12 à 14 millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail chaque année en Afrique. 

C’est une question de volonté et de réalisme. D’une part, l’aide publique au développement pour l’agriculture qui stagne depuis des années doit augmenter. D’autre part, les pays africains doivent mieux financer leur agriculture et mettre en œuvre un cadre réglementaire incitatif. Les petits exploitants agricoles doivent également pouvoir s’adapter au changement climatique et se prémunir contre les chocs. Alors que leur moyens d’existence même sont menacés, ils ne reçoivent que 1,7% de la finance climatique.

Enfin, il est primordial d’encourager le secteur privé, vecteur d’innovations, de solutions et d’accès aux chaînes alimentaires, à investir beaucoup plus dans les zones rurales, et le secteur financier à répondre à la forte demande de financements. Les besoins d’emprunts des PME agroalimentaires d’Afrique subsaharienne s’élevaient déjà à plus de 100 milliards de dollars avant la pandémie.

Le sommet de septembre est une occasion sans précédent de remettre les populations rurales au centre des enjeux et des solutions pour un monde meilleur. Soyons à la hauteur des opportunités. 

* Le FIDA est une institution financière internationale et un organisme spécialisé des Nations-unies. Son siège est à Rome. Le FIDA investit dans les populations rurales en les dotant des moyens de réduire la pauvreté, d’accroître la sécurité alimentaire, d’améliorer la nutrition et de renforcer leur résilience. Depuis 1978, il a octroyé 23,2 milliards d’USD sous la forme de prêts à faible taux d’intérêt et de dons, dans le cadre de projets dont ont bénéficié 518 millions de personnes. 

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