Dès l’âge de sept ans, les connaissances et les compétences des écoliers vaudois sont jugés par des appréciations. Un système de lettres – LA, AA, A, PA, NA – censé épargner l’enfant du traumatisme de la note. Dans les faits, ces derniers comprennent très vite qu’un LA – pour largement atteint – ravira ses parents alors qu’un NA – pour objectifs non atteint – les décevra.

Le système de lettres est tellement vite décodé par les jeunes écoliers que les notes prennent le relais dès l’âge de neuf ans, allant de 1 à 6, avec des demi-points. S’en suit la même pression de la moyenne, avec un point d’orgue vers 12 ans où le 5 doit être atteint pour rejoindre une voie prégymnasiale.

Une fois sa scolarité ou ses études universitaires terminées, le jeune adulte est censé être libéré de ces systèmes de notations plus au moins traumatisantes. Et bien, non. Les chiffres sont désormais accompagnés d’étoiles, voire de «smileys». Plus personne n’y échappe. Après les restaurants, les hôtels, les livres ou les films, ce sont désormais les médecins, les garagistes, les coiffeurs, les taxis, les employeurs, les gares, les banques, les musées ou les professeurs qui sont notés sur Internet. Des applications permettent même d’attribuer un certain nombre d’étoiles à son conjoint ou ses amis. Décomplexés par le web, des boutons pressoirs fleurissent au guichet pour donner son avis sur l’amabilité ou la rapidité d’exécution d’un employé.

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Le client peut désormais, comme le faisait son institutrice, juger et commenter tout ce qui l’entoure, tout ce qu’il mange ou ce qu’il achète. Il peut même donner son avis sur les personnes qui le servent, le nourrissent ou le soignent. Aux Etats-Unis, la notation à tout va est entrée dans les mœurs. Des sites comme www.ratemds.com, www.zocdoc.com ou www.healthgrades.com sont considérés comme des «tripadvisor» des médecins et des hôpitaux.

Dans une société de performance et de compétition, la tendance devrait certainement se poursuivre. Les Internautes, formatés aux notes depuis leur plus tendre enfance, plébiscitent d’ailleurs ces étoiles censés les éclairer. Les bons élèves du système, ceux qui se voient attribués des commentaires élogieux, aimeraient mêmes exporter leur réputation en ligne à d’autres plateformes. Quant aux mal notés, ils peuvent faire le choix de mieux travailler, d’ignorer leur réputation en ligne ou, pourquoi pas, tricher comme à l’école. Ils ne seront pas les premiers comme l’a récemment montré un reportage sur L’Oeil du 20 heures diffusé sur le Journal Télévision de France 2 qui a réussi à faire monter dans les classements de Trip Advisor un restaurant totalement fictif.