C’était une promesse de campagne; c’est presque devenu une hantise. Après avoir déclaré que les Etats-Unis «ne sont pas en guerre contre l’Islam», le président Obama va tenter cette semaine de le prouver. Le discours qu’il doit tenir jeudi à l’Université du Caire a pour but, ni plus ni moins, de refermer l’ère de suspicion et d’hostilité qui s’est ouverte avec les attentats du 11 septembre 2001.

Un président, Barack Hussein Obama, dont le nom et une partie de l’identité viennent du monde musulman; un pays, les Etats-Unis, dont le nombre de musulmans suffirait à lui seul à l’intégrer en partie dans ce même monde. Mais une faille, immense, qui, loin de se résorber, n’a fait que s’accroître avec la guerre d’Irak, avec les tensions toujours persistantes, sinon croissantes, du côté de la Palestine et avec le nouveau rôle de puissance nucléaire que cherche à obtenir l’Iran.

Les Etats-Unis, même avant le 11 septembre, n’ont jamais eu bonne presse dans cette partie du monde. Et la nouvelle administration américaine le sait bien, qui cherchera au mieux une sorte de paix raisonnée, fondée sur «le respect et les intérêts mutuels» pour reprendre une formule souvent utilisée par Obama. Le dialogue, cette arme de persuasion massive chère au nouveau président, et la diplomatie plutôt que les menaces, l’idéologie et les sermons aux connotations missionnaires: c’est avec ces nouveaux outils que le locataire de la Maison-Blanche tâchera de conquérir le cœur d’un milliard de musulmans.

Dans cette optique, les symboles ont une importance cruciale. La présence du président des Etats-Unis au cœur de la capitale du monde arabe; la fermeture annoncée du camp de Guantanamo; la mauvaise humeur affichée par Washington à l’égard de son allié israélien au sujet de l’expansion des colonies juives sur les terres palestiniennes… l’administration Obama n’a pas mégoté sur ces symboles qui, tous, visent à dépouiller Oussama ben Laden, Mahmoud Ahmadinejad et consorts de la légitimité qu’ils ont acquise dans un monde jusqu’ici en noir et blanc.

Les intérêts stratégiques des Etats et les mentalités de leurs habitants sont des facteurs lourds. Et l’image générale ne changera pas par magie du jour au lendemain. Mais au moins Obama tente-t-il d’y ajouter une vision en technicolor.

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