Opinion

Un moratoire secret Graber-Kaddoumi? Le doute est de rigueur!

Michel Barde, ancien attaché à la présidence du CICR et négociateur à Zarka, ainsi que Marcel Boisard, ancien délégué du CICR, émettent les plus grands doutes sur les déclarations de Marcel Gyr et Jean-Ziegler quant à un moratoire secret entre Pierre Graber et l’OLP

L’article du Temps intitulé «Jean Ziegler et l’accord secret Suisse–OLP» (21.01.2016), tiré du livre de Marcel Gyr Schweizer Terrorjahre, suscite doutes et interrogations chez ceux qui furent, pour le CICR, les acteurs des négociations difficiles et dangereuses et de la libération des otages détenus par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) à la suite des détournements de trois avions à Zarka, en Jordanie, en septembre 1970.

Lire: Jean Ziegler a facilité un accord secret entre la Suisse et l'OLP (21.01.2016)


Parmi ces doutes, celui de ce moratoire secret entre Pierre Graber, ministre des Affaires étrangères de la Confédération, et Farouk Kaddoumi du Fatah et de l’OLP, organisation faîtière des onze groupes de résistance palestiniens, dont le FPLP.

Leader de l’OLP, Yasser Arafat détestait Georges Habache qui dirigeait le FPLP. La rupture fut consommée à la suite du triple détournement des avions, qui allait conduire à une guerre civile en Jordanie et à l’exode de milliers de Palestiniens vers le Liban.
On voit mal, dès lors, comment un haut responsable du Fatah-OLP – Farouk Kaddoumi – aurait négocié en émissaire, en quelque sorte, du FPLP, quelques semaines seulement après Zarka. L’aspect totalement secret de ce moratoire «découvert» près de 50 ans plus tard soulève un autre doute. Dans l’affaire de Zarka, les négociateurs sur place étaient en lien direct, mais parfois difficile, avec la direction du CICR à Genève d’une part, et la cellule de crise à Berne d’autre part, que dirigeait Pierre Graber et où se retrouvaient notamment les représentants des Etats dont les avions avaient été détournés et qui détenaient des prisonniers palestiniens suite à des attentats antérieurs.

Même en «admettant» l’hypothèse d’une rencontre secrète entre Farouk Kaddoumi et Pierre Graber, on voit mal ce dernier, dont la rigueur et l’honnêteté étaient reconnues de tous, se mettre en quelque sorte lui-même et la Suisse en porte-à-faux avec ses collègues de la cellule de crise pour sortir la seule Suisse de la «ligne de tir» et, surtout, ne rien dire d’un moratoire aussi important à ses collègues du Conseil fédéral.

La question se pose donc: ce soi-disant moratoire a-t-il véritablement existé ou ne s’agit-il là que d’une construction purement affabulatoire? Il faut ici se rappeler que l’attentat de Würenlingen, en février 1970, perpétré par le FPLP, fut la conséquence d’une cruelle méprise: c’est en fait un avion israélien qui était visé, mais la bombe fut placée par erreur sur le Swissair à la suite, semble-t-il d’un cafouillage dû à un retard.

Cette méprise fut plus tard à l’origine, en 1972, de la décision du FPLP de mettre fin à ses «opérations extérieures», de recruter Carlos et de s’attaquer aux Israéliens et aux Juifs. On se souviendra, à ce sujet, de l’attentat contre le bateau «Achille Lauro», en 1985, d’où fut jeté à la mer un Juif handicapé sur sa chaise roulante.

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