A partir d'aujourd'hui, la cour de justice la plus prestigieuse de la planète doit commencer ses auditions en vue de trancher entre deux mépris. D'un côté, celui que porte, aux côtés de sa charge explosive, un «kamikaze» palestinien à l'heure de faire sauter un autobus empli d'hommes, de femmes et d'enfants. Le mépris des règles les plus essentielles. Le mépris de la dignité humaine, y compris celle de l'auteur de l'attentat. «Si vous étiez à notre place, vous feriez comme nous, proclament les responsables israéliens. Vous aussi vous érigeriez un mur pour vous défendre.»

Mais de l'autre côté, la Cour internationale de La Haye doit se prononcer sur le mépris qui consiste à mettre en cage une population. Celui qui amène à nier purement et simplement son existence en ravageant son environnement, en coupant les paysans de leurs champs, les enfants de leurs écoles, en offrant pour tout horizon un mur de béton de neuf mètres de haut à un peuple régi par une occupation militaire.

«Peu importe où passe cette barrière, de toute façon il y aurait eu des mécontents», affirmait hier Dore Gold, l'un des nombreux porte-parole israéliens, sans se rendre compte, semble-t-il, à quel point il aggravait son cas. Peu importent les frontières et les questions humanitaires. Peu importe le socle du droit international si patiemment bâti au fil des décennies. Seul reste l'usage de la force face aux plus faibles.

Derrière l'affaire du mur de séparation, c'est bien sur la légalité de l'occupation israélienne que devront se prononcer les quinze juges qui vont siéger à La Haye. Une question si souvent évoquée dans les enceintes internationales, à ce point omniprésente dans le calendrier diplomatique, qu'il paraît presque inconcevable qu'elle doive à nouveau être remise sur le tapis.

A quoi bon cet exercice, par conséquent? S'il parvient à démontrer aux Israéliens que ce ne sont pas des arrière-pensées politiques ou antisémites, mais bien des règles de droit qui guident une bonne partie du monde dans sa dénonciation du mur et de l'occupation de la Palestine, il n'aura pas été vain. Si, en outre, il servait de levier pour amener à appeler les choses par leur nom et à imposer un retrait israélien total, il tiendrait alors proprement du miracle.

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