San Francisco s’éveille (1/6)

Un mythe dans le brouillard

CHRONIQUE. Silicon Valley, Flower Power, Peace & Love, Summer of Love: autant d’expressions emblématiques qui renvoient à San Francisco. Une ville qui n’a toutefois pas moins de problèmes que les autres métropoles américaines

Dans le cadre d'une série d'articles, Le Temps raconte, depuis San Francisco, les innovations à venir dans les domaines scientifiques, technologiques ou culturels. Nos journalistes parcourent la ville, la Silicon Valley et la Californie pour découvrir les nouvelles tendances au coeur de ce laboratoire mondial de l’innovation.

San Francisco, une terre promise? Depuis la Suisse – et n’importe quel autre bout du globe – la ville du Golden Gate apparaît dans son auréole de brouillard et de légende. Un endroit où le rêve confine à la réalité, où l’on peut écrire l’histoire et refaire le monde.

Les hippies y ont donné le pouvoir aux fleurs. Les poètes y ont ouvert une nouvelle page de la littérature. L’amour y a supprimé les frontières du genre. Désormais, des compagnies high-tech y inventent des lendemains qui chantent.

J’arrive donc à San Francisco un peu comme dans un roman, une fiction (science ou pas), un décor de cinéma (Los Angeles et Hollywood ne sont pas loin). Je viens voir le mythe, respirer l’air du Summer of Love. Mais il faudra compter aussi avec du brouillard froid et une ville réelle où les idées de rupture s’accompagnent parfois de blessures.

Dans l’ancien quartier hippie Haight-Ashbury, les sans-abris se sont faits aujourd’hui prophètes du «peace and love». Dans les cafés de North Beach, il y a autant de touristes que d’écrivains. Mission, bastion hispanophone, se rebelle pour garder son identité face à une effusion de restaurants branchés. Et le génie de la Silicon Valley n’est pas toujours apprécié par les locaux qui voient les prix s’élever à un niveau aussi vertigineux que celui de l’innovation.

La ville arc-en-ciel est pleine de contrastes. L’électronique de pointe y voisine avec de bons vieux livres en papier (de surcroît empruntés à la bibliothèque) que les habitants feuillettent dans les transports en commun. Ces derniers, d’ailleurs, n’ont rien de futuriste et le progrès technologique semble se tenir bien à distance du réseau surchargé et de ses tramways bondés. Au centre-ville, le quartier des sans-abris jouxte les boutiques d’Union Square et les odeurs nauséabondes s’étalent au pied des gratte-ciel du Financial District.

Derrière le mythe, il y a donc une San Francisco ordinaire, avec des problèmes qu’ont toutes les grandes villes et qu’elle peine à résoudre.

Et pourtant, quelque chose la rend unique. Quelque chose de beaucoup plus puissant que sa légende, ses idées innovantes et ses panoramas urbains. Quelque chose qui fait croire qu’ici, effectivement, le rêve confine à la réalité. Cette chose, c’est le sourire des habitants, leur bienveillance et la façon simple d’affronter les soucis du quotidien. Un «Don’t worry, be happy» qui semblait inimaginable dans une mégalopole. L’héritage de l’esprit Flower Power, toujours vivant. Un petit air de Summer of Love malgré tout.

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