Revue de presse

«Un nouveau jour se lève en Afrique du Sud» après la chute de Jacob Zuma

Les médias sud-africains veulent croire à un avenir meilleur, plus propre que ces neuf années perdues pour un pays qui aimerait enfin renouer avec l’héritage de Nelson Mandela

Cette fois, c’est fini: le président sud-africain Jacob Zuma a annoncé mercredi sa démission après des semaines d’un féroce combat avec son parti, le Congrès national africain (ANC), pressé de tourner la page d’un règne de neuf ans terni par les scandales de corruption. Il l’a fait en direct sur la chaîne News de la South African Broadcasting Corporation (SABC), non sans ses quelques guignoleries habituelles au début d’une longue adresse solennelle à la nation, qui a duré près d’une heure et dix minutes.

Alors, Courrier international a repéré sans tarder ce «cadre noir» avec ces «quelques mots qui font mouche» tracés à sa surface – «la fin d’une erreur» – qu’a choisis le célèbre caricaturiste sud-africain Zapiro. Allusion à peine voilée à la fameuse «douche antisida» que Jacob Zuma, pas encore président, avait prise après avoir été accusé de viol par une jeune femme séropositive, rappelle Slate Afrique.

Il avait été blanchi par la justice en 2006, mais avait scandalisé le pays en affirmant pendant son procès avoir usé de cette simple méthode «pour éviter toute contamination par le virus VIH», ce alors même qu’il était à la tête du Conseil national contre le sida! Quelle «sobriété», donc, pour ce dessin publié par le webzine DailyMaverick.co.za, toujours «audacieux, décalé et réactif», un des sites phares de la presse sud-africaine.

La situation était devenue vraiment intenable pour Zuma après qu’il eut tout de même «opposé une fin de non-recevoir». Même «quelques heures avant de jeter l’éponge, il se montrait plus combatif que jamais». Plus tôt dans la journée de mercredi, il avait «insisté sur le fait qu’il n’avait rien fait pour mériter la décision du parti de le révoquer, assurant qu’il était visé de manière injuste», rapporte le Mail & Guardian de Johannesburg. «Mais face à la menace de l’ANC de le destituer de force ce jeudi lors d’une motion de défiance au parlement», le président de 75 ans a tiré les conclusions qui s’imposaient.

Lire aussi: tous les récents articles du Temps.ch sur Jacob Zuma

«I have… come to the decision to resign as the president of the Republic with immediate effect»: «J’ai décidé de démissionner du poste de président de la République avec effet immédiat, même si je suis en désaccord avec la direction de mon organisation», a-t-il dit, selon les propos repris par le quotidien des affaires Business Day.

«Je ne suis pas un parangon de vertu»

Cette démission à peine annoncée, les opposants «ont crié victoire et appelé la justice à faire son travail» contre cet homme qui a lui-même reconnu dans son discours ne pas être «un parangon de vertu». «Il ne peut y avoir d’amnistie ou d’immunité», a lancé Mmusi Maimane, le leader du parti d’opposition Democratic Alliance, cité par le site News24.com. Et «pas question», selon TV5Monde, de poursuivre «plus longtemps ces turpitudes» sur lesquelles, «pendant des années, le parti au pouvoir a fermé les yeux, laissant le soin à l’opposition de dénoncer des scandales […] à répétition au sommet de l’Etat».

L’Alliance démocratique – dont on peut se faire une idée du programme dans la vidéo ci-dessus – dit représenter une réelle force alternative à la toute-puissance du Congrès national africain et veut poursuivre une politique «digne de l’héritage de Nelson Mandela». Pour elle, il s’agit surtout d’en finir avec l’ANC, «traversé de multiples courants et au sein duquel Zuma bénéficie toujours de nombreux soutiens».

De quoi déchaîner les passions du site DailyMaverick.co.za, très critique à l’égard de cette présidence ratée et jugeant que «ce qui semblera stupéfiant aux générations futures, c’est le peu de choses que Zuma a faites en neuf années […], la médiocrité de ses initiatives, son impact si marginal». «Trainspotter: Hasta la Vista, JZ», titre-t-il pour souligner le côté monomaniaque de l’homme politique déchu.

Scandales après scandales…

«Neuf années de tumultes politiques», explique Radio France internationale: «Scandales après scandales, homme de réseau, tacticien éprouvé, Zuma arrive à naviguer entre les écueils, et survit à plusieurs motions de défiance déposées contre lui au parlement. Mais en 2016, l’étau se resserre. La plus haute cour du pays le reconnaît coupable d’avoir violé la Constitution. C’est le scandale Nkandla: l’utilisation de 18 millions d’argent public pour rénover sa résidence privée.»

Lire à ce sujet: Le président sud-africain taxé de menteur et de pilleur de la nation (21.03.2014)

Mais ce n’est encore rien à côté de «la goutte d’eau» qui a fait déborder le vase: le fameux rapport officiel qui met en cause les relations pour le moins controversées de Zuma «avec une riche famille d’hommes d’affaires d’origine indienne». Dès lors, le vent a tourné et la contestation s’est amplifiée. D’ailleurs, relève France 24, dans sa chute, l’ex-président a entraîné ces «sulfureux» trois frères Gupta, dont la luxueuse résidence à Johannesburg a été perquisitionnée ce mercredi.

Le successeur de jacob Zuma, Cyril Ramaphosa, a la lourde tâche de prendre les rênes du pays et d’éviter une débâcle électorale de l’ANC lors de l’élection présidentielle de 2019, suite à ses nombreux échecs lors de scrutins régionaux. Il devrait être élu d’ici vendredi par le parlement et le DailyMaverick.co.za – toujours lui – veut croire que ce sera désormais «différent»: «Nous avons des problèmes devant nous, c’est certain, mais il y aura une volonté de les résoudre, pas de les rendre pires.» Et de conclure, optimiste: «Le cauchemar est fini. Le jour se lève en Afrique du Sud. A nouveau.» Mais il faudra «faire définitivement oublier» ces très sombres années, «entachées de corruption, de népotisme et de division», prévient le site Contrepoints.org.

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