Un homme armé a donc tué au moins 17 personnes, parmi lesquelles une policière, pour une raison encore inconnue dans la nuit de samedi à dimanche en Nouvelle-Ecosse, lors de la pire tuerie de ce genre qu'ait connue le Canada. Agé de 51 ans, ce prothésiste dentaire – un «denturologiste», comme on dit là-bas – a ensuite été lui-même abattu dimanche en fin de matinée, à l'issue d'une vaste chasse à l'homme d'une douzaine d'heures dans toute la province. 

Il circulait au volant d'une voiture semblable à celles de la police, portant au moins une partie d'un uniforme de la Royal Canadian Mounted Police. Il aurait ensuite changé de voiture et pris le volant d’une Chevrolet argentée. Le Devoir de Montréal et Le Soleil de Québec publient toute la chronologie de ces événements dignes d'un scénario hollywoodien qui suscitent un grand émoi sur Facebook.

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Un porte-parole de la gendarmerie royale du Canada (GRC) a précisé à l’agence Associated Press dimanche que les autorités n’excluaient d'ailleurs pas «que le bilan s’alourdisse», relaie Courrier international, après cette  tragédie qui a commencé samedi soir à Portapique, en bordure de la baie de Cobéquid, décrite par Radio-Canada comme une «communauté rurale et tranquille» de quelques dizaines d’habitants, essentiellement des personnes âgées.

Il y a d'abord eu «de nombreux coups de feu dans une résidence. A leur arrivée, les policiers ont découvert un véritable carnage», raconte  La Presse. «En plus de plusieurs corps» abattus, les forces de l’ordre ont trouvé «des bâtiments en feu», alors qu'un tweet invitait alors les habitants, déjà confinés en raison du coronavirus, à rester chez eux. S’est engagée ensuite «une chasse à l’homme» qui a duré douze heures,  rapporte le Globe and Mail.

La poursuite s’est achevée dans une station de service vers 11h40 du matin dimanche au nord de Halifax, de sinistre mémoire depuis le crash du vol SR111 de Swissair, dans la même région, en 1998. «Au total, le suspect aurait parcouru plus de 100 kilomètres avant d’être finalement intercepté», indique encore La Presse.

Constable Heidi Stevenson, membre de la GRC depuis vingt-trois ans et mère de deux enfants, est morte au cours de l’opération. «Heidi a répondu à l’appel du devoir et perdu la vie en protégeant celles des autres», a déclaré l’un des responsables de la gendarmerie, cité par Radio-Canada. Un autre agent a été blessé. Ses jours ne seraient pas en danger, selon la chaîne publique du pays. Justin Trudeau, le premier ministre, a assuré de son soutien les membres de la communauté de Portapique lors de son point de presse sur «la» Covid-19, qui est de genre féminin chez les Canadiens francophones:

D’après le quotidien néo-écossais Chronicle Herald, «le suspect possédait deux cliniques et plusieurs propriétés dans la région». «Il n’avait pas de passé violent», ajoute le Toronto Star, s’appuyant sur les déclarations de la GRC de Nouvelle-Ecosse. Il est encore trop tôt pour déterminer ce qui a poussé le tireur dans cette «tuerie incompréhensible», dit aussi la police, dont la conférence de presse est visible sur Facebook.

«C’est un des actes de violence les plus insensés que cette province ait connus», a déploré Stephen McNeil, le premier ministre de Nouvelle-Ecosse. «Ce qui s’est passé dans notre province n’est pas ce que nous sommes. Cela nous changera peut-être un peu, mais cela ne peut pas nous définir. Nous sommes forts. Nous prenons soin les uns des autres»:

Le suspect «semblait être un fou d’objets liés à la police», ajoute la chaîne TVA Nouvelles. Il «les collectionnait en plus de retaper de vieilles voitures de police. Il était de ces gens bizarres», obsédé par les forces de l'ordre, alors que «sa demeure de Portapique était un sanctuaire» en hommage à la Gendarmerie royale du Canada». Il savait maquiller les voitures en faux véhicules de police et «avait l’uniforme pour aller avec».

Un événement rare au Canada

Au Canada, où le port d’armes est plus strictement réglementé qu’aux Etats-Unis, les fusillades de masse sont «relativement rares», rappelle pour sa part la BBC. «Nous sommes sous le choc qu'un tel événement puisse se produire ici en Nouvelle-Ecosse et c'est un lourd fardeau à porter, en plus de la COVID-19», a ajouté le premier ministre néo-écossais, cité par le Journal de Montréal. Il s’agit là en effet «de la tuerie la plus meurtrière de l’histoire du pays» depuis 1989, où un homme avait abattu 14 femmes au Polytechnique de Montréal.


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