Un parti peut-il forcer un élu à voter contre sa conscience? Belle et grande question, ce samedi dans Le Temps. Pour le chef du groupe socialiste au parlement, cela arrive, et il appelle ça une «contrainte de groupe». Et ce n’est pas constitutionnel, précise-t-il. Il ne parle bien entendu pas du PS, ça non, mais il soupçonne le PLR d’avoir ordonné à ses élus de ne pas réfléchir sur les retraites.

Accusation intéressante. Il a raison, ce serait pratique. Malheureusement, ça ne marche pas comme ça. Le «libéral type» est un individualiste forcené. Une tête de mule, qui serait tentée de voter contre l’ordre du chef, juste par principe. D’ailleurs, le groupe PLR est rarement unanime. A Berne, en fait, on a deux élèves modèles, en matière de votes compacts: le PS et l’UDC. Toujours aux ordres. Unanimes. Tout est vert. Ou rouge, plutôt: nos partis d’opposition fédérale ne font qu’un. Ou deux, pour être précis, car ils votent rarement la même chose. Bien qu’ils puissent ne faire qu’un, quand l’opposition devient alors majoritaire (une spécialité suisse). Si vous me suivez. Mais bref. Revenons à nos moutons. Si j’ose dire.

Unanimes, oui, mais rarement d’accord entre eux

En général, les populistes de tous bords sont unanimes, mais rarement d’accord entre eux. Donc, de deux choses l’une: soit ils ont tout compris juste (ce qui est techniquement impossible, puisqu’ils votent le contraire l’un de l’autre), soit ils obéissent à une «contrainte de groupe». Troisième option: on les a lobotomisés. Ce qui ne doit jamais être exclu, mais ce n’est pas gentil de le dire, ni de le penser.

Le plus vraisemblable reste donc l’ordre de marche. Le débat sur la prévoyance nous l’a démontré: même le dernier communiste du parlement a voté pour l’élévation de l’âge de la retraite des femmes. Le jeudi, quand sa voix était décisive, il a voté vert. Le vendredi, au vote final, quand tout le monde s’en fichait, il a voté rouge. De deux choses l’une, là encore: soit il a subi une «contrainte de groupe» le jeudi. Soit il s’est trompé de bouton le vendredi.

Chez les libéraux, personne n’a ripé. Ni changé d’avis. Et vous savez quoi? Personne n’a contraint personne. Je le jure sur la tête d’Adam Smith. S’il y eut «contrainte de groupe», elle est venue de la gauche. Les socialistes radicalisés ont «contraint» les libéraux, en fait. Un effet de l’émotion ambiante. Car un parlementaire, ça ne réfléchit pas toujours… ça peut aussi s’énerver. C’est bête, mais c’est constitutionnel.

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