Le pétrole bon marché fait quelques heureux. Les automobilistes, par exemple. Et encore: plus le prix du brut baisse, moins cela se remarque, les taxes comptant pour une partie toujours plus importante du prix à la pompe. L'or noir bon marché a aussi donné un coup de pouce aux économies développées, qui ont pu profiter des prix de l'énergie faible, la Norvège et les Etats-Unis faisant exception.

Lire aussi: Le Brésil, symbole de la crise que traverse l'Amérique latine

En face de ces quelques bénéficiaires, se trouve une grande partie de l'économie mondiale dont les ressources dépendent de la production de pétrole. Elle n'est pas seule, mais l'Amérique latine en fait l'amère expérience. Même si les coûts d'extraction restent en dessous des cours actuels du pétrole - ces pays ne produisent pas à perte, contrairement, par exemple, aux exploitants américains du pétrole de schiste -, leurs finances publiques sont dans le rouge vif. Pour ne prendre que le Venezuela, il faudrait que le baril de brut s'échange à un prix trois fois supérieur au cours actuel pour que son budget soit à l'équilibre. Dans cette partie du monde, les recettes pétrolières représentent 20 à 50% des revenus du gouvernement et 50 à 96% des exportations, selon des statistiques d'une société de consultants appartenant au Financial Times.

Lire également:  Au Venezuela un kilo de pommes de terre se vend un dixième du salaire minimum

Chaque pays d'Amérique latine fait face à ses propres difficultés, auxquelles s'ajoute une autre déconvenue: en se tournant vers la Chine pour s'affranchir des Etats-Unis, ces pays ne se sont pas rendus moins vulnérables. Si les considérations politiques n'intéressaient que peu Pékin, donnant à l'Amérique latine l'impression d'une liberté retrouvée, son ralentissement frappe le continent de plein fouet. En se trouvant ces dernières années un nouveau partenaire commercial affamé de matières premières, la région a dopé sa croissance à court terme. La Chine, d'apparence jamais rassasiée, lui a fait oublier à quel point la diversification de l'économie est essentielle.

Lire également: En Amérique latine, les ambitions chinoises sont parfois contrariées

Mais il y a pire encore: dans un continent qui a relativement bien géré les revenus du pétrole, pour les redistribuer, et faire sortir des millions de personnes de la pauvreté, une crise plus grave pourrait être en train de se préparer. Les entreprises d'Etat sont assises sur une montagne de dette, qui ne cesse de croître à mesure que le prix du pétrole baisse. Selon les calculs de Bloomberg, la dette de quatre de ces plus grosses entreprises, dont Petrobras, au Brésil, est trois fois plus importante que la dette de l'Argentine, au moment de son défaut, en 2001, dont les conséquences se sont ressenties bien au-delà.

Lire aussi: L’espoir renait en Argentine

Lueur d'espoir tout de même, depuis quelques semaines, le pétrole remonte. Il est passé d'un plus bas, à 27 dollars à la mi-janvier, à un peu plus de 40 dollars aujourd'hui. Une poursuite de la hausse serait même normale dans le contexte d'une croissance mondiale raisonnable. Plus grand monde n'aurait à gagner de l'inverse, y compris dans les pays consommateurs.  

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.