éditorial

Un plan trop ambitieux pour changer le monde

La conférence mondiale sur le développement, qui s’est tenue de vendredi à dimanche à New York, suscite les mêmes questions que toutes les messes. Contribuera-t-elle à rendre le monde un tout petit peu meilleur? Ou n’aura-t-elle été pour les fidèles qu’une occasion d’afficher sans risque quelques bons sentiments? Le pessimisme est permis

Editorial

Un plan trop ambitieux pour changer le monde

La conférence mondiale sur le développement, qui s’est tenue de vendredi à dimanche à New York, suscite les mêmes questions que toutes les messes. Contribuera-t-elle à rendre le monde un tout petit peu meilleur? Ou n’aura-t-elle été pour les fidèles qu’une occasion d’afficher sans risque quelques bons sentiments? Le pessimisme est permis. Le dernier rendez-vous du genre avait débouché en l’an 2000 sur des objectifs dits pompeusement «du millénaire» qui ont été manqués à une exception près. Or, quinze ans plus tard, un temps très court dans le domaine du développement, la communauté internationale a décidé de changer totalement de stratégie. Alors qu’elle avait jusqu’ici concentré ses efforts sur quelques problèmes clés, elle s’est donné cette fois un programme interminable, qui comprend tout ce dont peut rêver un esprit utopiste. Les nouveaux objectifs, baptisés «de développement durable», sont difficilement attaquables pris séparément, tant ils dégoulinent de bien-pensance. Mais ils sont une catastrophe sur le plan pratique. Leur nombre infini postule une infinité de moyens. Or, cette infinité-là n’existe pas. La diversification des efforts produira une dilution de leur impact, aucun d’entre eux n’ayant plus la puissance nécessaire pour changer la donne.

Bien sûr, le programme adopté ces derniers jours peut être considéré comme un idéal, qui dessine de lointaines perspectives. Et en ce sens, l’accord dont il est issu tient déjà du miracle. Le problème est qu’il y a urgence. L’extrême pauvreté n’est pas un vague horizon mais un fléau pressant, dont souffrent aujourd’hui même des centaines de millions d’individus. La priorité est là, dans le long combat contre la faim, les maladies évitables, les taux élevés de mortalité infantile, pas dans l’élaboration d’une utopie.

Les Etats s’en sortent bien, sinon leurs populations. La dilution de l’effort aura pour effet de diluer leurs responsabilités. Et leur bilan sera aisément manipulable. Tout ce qui arrivera de positif pourra être attribué à leur stratégie. Quant au négatif, ces objectifs essentiels qui n’auront pas été atteints faute d’avoir reçu la priorité, il sera noyé dans la masse ou mis sur le compte de la fatalité.

 

Publicité