Éditorial

Un plébiscite pour la milice

Il serait dangereux que l’on transformât le vote de dimanche en plébiscite pour une armée figée et encore largement inadaptée à notre société de compétition

Editorial

La milice plébiscitée

Le rejet de l’initiative pour l’abrogation du service militaire obligatoire est un plébiscite pour le système de milice. Ce n’est pas pour autant un plébiscite pour l’armée, comme le souhaiterait Ueli Maurer.

En lançant son initiative en 2010, le GSsA s’est trompé d’époque et de méthode. Nous ne sommes plus dans l’euphorie pacifique d’une Europe en pleine assurance d’elle-même. Le GSsA a sous-estimé la peur de l’instabilité et le besoin de sécurité des Suisses dans un environnement incertain.

En vingt-cinq ans, l’influence et le poids de l’armée dans la société suisse se sont considérablement réduits. D’une armée de près de 600 000 hommes, avec des cours de répétition jusqu’aux approches de la quarantaine, nous sommes en train de passer à une milice de 100 000 hommes qui ne concerne plus guère que les moins de 30 ans.

Les raisons de s’opposer à une militarisation de la société ont dès lors perdu de leur importance à mesure que l’armée s’amenuisait. Le GSsA est apparu d’autant plus décalé que le style de sa campagne, caricatural à outrance, s’attaquait à une armée qui s’éloigne de cette image.

Si les missions de l’armée ne sont pas plus claires, du moins les méthodes de conduite, l’instruction et l’attitude envers la troupe ont-elles beaucoup tiré du monde civil. Maladroite, mal organisée, peu soutenue par la gauche, la campagne du GSsA a aussi ignoré le caractère identitaire de la milice. Et au final le groupe antimilitariste n’a pas su rendre crédible son projet.

Pourtant, l’initiative posait de très bonnes questions. L’inégalité croissante devant l’obligation de servir, la compatibilité toujours plus difficile entre obligations militaires et carrière professionnelle, dans un monde de vive concurrence, le coût indirect du service militaire sur la compétitivité des entreprises, le rôle et les missions de l’armée dans une conception plus large de la sécurité.

Ne serait-ce que pour rendre justice aux quelque 45% de recrues qui accomplissent leur service jusqu’au bout, il serait dangereux que l’on transformât le vote de dimanche en plébiscite pour une armée figée et encore largement inadaptée à notre société de compétition.

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