Editorial

Un peu plus d’enthousiasme, please

La vraie supériorité de la Silicon Valley réside dans sa capacité à financer les entreprises innovantes. La Suisse reste à la traîne. C’est avant tout une question de mentalité

Si un entrepreneur recherche en Suisse 5 millions de francs pour sa start-up, il recevra au mieux 1 million, voire rien du tout. Dans la Silicon Valley ou en Israël, si le projet plaît aux investisseurs, le même entrepreneur peut décrocher plusieurs millions, bien au-delà de ses espérances.

Même en France, Emmanuel Macron a promis de consacrer un budget de 10 milliards d’euros aux start-up. Dans certains pays, comme les Pays-Bas, les caisses de pension sont plus actives qu’ici, et le gouvernement effectue des prêts privilégiés aux sociétés innovantes.

En Suisse, année après année, les entrepreneurs évoquent leurs difficultés à recruter des spécialistes venus de l’étranger. Mais surtout à trouver du financement, au-delà des premiers 2 à 3 millions de francs. C’est ce qu’on appelle la «vallée de la mort», lorsqu’il s’agit de lever les 2 à 10 millions nécessaires pour grandir entre la preuve du concept – le prototype initial – et la commercialisation d’un produit.

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Une initiative comme la création d’un fonds privé de 500 millions de francs sous l’égide de la Confédération, destiné à accompagner la croissance des start-up et à les ancrer sur le sol helvétique, est une bonne nouvelle. Mais le montant reste modeste face à la force de frappe financière de la Silicon Valley. Et même comparé aux sommes monumentales investies dans certains projets dits «innovants», comme les 266 millions de francs destinés au projet de «super-bus» à Lausanne.

«De quoi se plaignent-elles?» diront certains. «Les start-up n’ont qu’à s’exporter», peut-on entendre dans les milieux du capital-risque helvétiques. Certes, les fonds qui leur sont destinés sont en constante augmentation. En 2016, les start-up ont levé un total de 909 millions de francs, un montant en hausse de 35% par rapport à l’année précédente, selon un rapport de Swiss Venture Capital.

Les fonds levés ont progressé, mais la plupart des start-up suisses ont trouvé ce financement auprès de sociétés de capital-risque étrangères. Avec le danger qu’un jour ou l’autre elles soient poussées à quitter la Suisse, ou du moins à délocaliser une partie de leurs activités. Et c’est à l’étranger qu’elles créeront des emplois, au lieu de participer à l’enrichissement d’un écosystème pourtant indispensable au développement de la Suisse de demain.

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En outre, si certaines start-up parviennent à trouver du financement, elles restent des exceptions. Beaucoup d’excellents entrepreneurs sont freinés dans leur élan par la frilosité et la méfiance des investisseurs. Mais ces derniers ne sont pas les seuls responsables. Toute la société porte les stigmates de la méfiance face à une nouvelle idée. Le «je ne sais pas si ça va marcher» prédomine. Les start-up suisses ont certes besoin de plus d’argent, mais aussi d’un peu plus d’enthousiasme, de réactivité et de passion.

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