Comment encadrer, de manière proportionnée et efficace, la pratique du ski cet hiver? Ce vendredi, le Conseil fédéral doit prendre une décision à ce sujet dans un contexte émotionnel d’une rare intensité.

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Le Conseil national a adopté une déclaration qui met le gouvernement sous une folle pression, même si elle n’a aucun caractère contraignant. Il lui enjoint de renoncer à limiter les capacités dans les domaines skiables. Tout au plus est-il prêt à réduire de 20% le nombre de passagers dans les télécabines comportant des places debout. Selon lui, le Conseil fédéral doit ignorer tous les signaux venant de l’UE et ne travailler que dans un seul souci: celui des intérêts économiques vitaux des régions de montagne, pour lesquelles le tourisme d’hiver est «d’importance systémique».

Les cantons alpins vivent de la beauté de leurs paysages, mais aussi de l’image globale de la Suisse à l’étranger: voici un pays stable où tout fonctionne, sachant émerger d’une crise encore plus fort, comme ce fut le cas en 2009 au sortir de la tempête financière mondiale. Cette fois pourtant, la Suisse prend le risque d’écorner sérieusement cette réputation. Alors qu’elle s’était bien tirée de la première vague de Covid-19, elle a toutes les peines du monde à maîtriser la deuxième. Elle note une stabilisation de l’épidémie à un haut niveau, avec encore entre 4000 et 5000 nouveaux cas par jour, le ministre de la Santé Alain Berset qualifiant la situation de «très inquiétante».

C’est beaucoup trop pour envisager avec sérénité l’avenir au-delà des fêtes de Noël. Les cantons alpins jouent avec le feu en niant cette réalité inquiétante. Dès lors, leur power play auprès du Conseil fédéral est indécent. Sur les réseaux sociaux, en Suisse comme à l’étranger, on ne voit que cette photo – prise à la mi-novembre – d’une foule de skieurs amassés au bas des pistes à Zermatt. Comme si le virus n’existait pas, ou plus.

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Au lieu de faire preuve d’un tel déni de réalité, les régions de montagne devraient envoyer un autre message à leurs hôtes: celui d’un pays qui n’interdit pas la pratique du ski, mais qui l’encadre par un concept de sécurité exemplaire. Sur les pistes, dans les télécabines, puis dans les hôtels et restaurants.

Tout le monde – y compris le soussigné, qui y passe trois semaines de vacances par an – souhaite que la Suisse des montagnes non seulement survive, mais qu’elle vive. Or dans l’immédiat, celle-ci a intérêt à ce que le pays évite un nouveau semi-confinement dont elle serait la première victime.