Il faut se méfier des appellations non contrôlées. Un programme de législature est chez nous tout ce qu'on veut, sauf un programme de législature au sens qu'on lui donne sur le reste de la planète. Pense-bête, catalogue de bonnes résolutions, recensement du faisable ou du souhaitable, feuille de route, déclaration d'intentions, cet exercice de planification de l'activité gouvernementale, dès lors qu'il est conduit au Palais fédéral, reste aussi difficilement définissable que politiquement peu significatif. Il n'avait du reste jamais, jusqu'ici, suscité un bien grand intérêt. Tout juste si l'on s'agitait un peu pour savoir comment y figurerait la question de l'adhésion à l'UE, lorsque le sujet était encore d'actualité, avant de l'oublier complètement pendant quatre ans.

La perspective change un peu aujourd'hui, suite à la modification de la loi. Le parlement, qui ne faisait auparavant que prendre connaissance du document, doit désormais l'approuver, ce qui lui conférera un surplus de légitimité. Ce changement coïncide, c'est un hasard, avec la modification de la composition du Conseil fédéral, l'affirmation d'un mouvement de bipolarisation et un durcissement du combat politique. Cela va donner un peu d'intérêt et de mordant aux débats des Chambres. Mais le questionnement sur la portée d'un tel document demeure. Il reste difficile de voir en quoi il marque une volonté politique et ne constitue pas simplement un ordonnancement et une mise en forme du suivi des affaires engagées sur leur pente naturelle. La seule nouveauté étant en l'occurrence que l'orientation et la raideur de la pente ont été quelque peu rectifiées le 19 octobre et le 10 décembre derniers. Le respect du programme de législature n'engagera pas plus le parlement qu'il n'engage le Conseil fédéral, et cette irresponsabilité continuera à en réduire singulièrement la portée. Le document annoncé jeudi par le Conseil fédéral risque fort d'être tout aussi vite oublié que les précédents.

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