Editorial

Un progrès nécessaire

C’est un pas important. Après neuf ans de travaux et un échec en 2009, le Conseil national a accepté de légaliser le diagnostic préimplantatoire (DPI), confirmant ainsi la position du Conseil des Etats. La Suisse était un des derniers pays d’Europe à interdire la pratique, avec l’Autriche et l’Italie. L’Allemagne l’a légalisée en 2011.

La révision de la loi sur la procréation médicalement assistée s’est déroulée dans un contexte très émotionnel, avec une opposition frontale entre les garants de la liberté de choix et les milieux conservateurs, qui craignent un glissement vers l’eugénisme. Lors de la présentation du message du Conseil fédéral, en juin 2013, le Parti évangélique avait même évoqué «un permis de tuer».

Reste aux Chambres fédérales à aplanir leurs divergences avant l’inévitable votation populaire – le projet entraîne une modification de la Constitution. La question sensible des origines de la vie humaine ne doit pas être banalisée. Il est indispensable de fixer des balises pour encadrer strictement la pratique médicale. Mais sans faire abstraction du contexte: les limitations apportées au DPI ne réduisent pas le désir d’enfant des couples stériles. Elles les obligent à émigrer pour être traités à l’étranger.

Les options souples prises mardi par le Conseil national vont dans le bon sens. La libéralisation du nombre d’embryons pouvant être développés in vitro et l’élargissement du dépistage embryonnaire à des maladies graves mais non héréditaires, comme la trisomie 21, répondent à une logique médicale soutenue par la Commission nationale d’éthique. De quoi mettre fin à une hypocrisie: aujourd’hui, le dépistage de la trisomie 21 est réalisé après 12 semaines de grossesse, lors du test prénatal. Avec, très souvent, un avortement à la clé.

Comme le Conseil fédéral et les Etats, le National a, en revanche, refusé d’autoriser les «bébés-médicaments», conçus par fécondation in vitro pour guérir un frère ou une sœur malade. Cette décision enlève un argument important aux opposants au DPI, qui auraient légitimement pu dénoncer l’instrumentalisation d’une vie humaine. Et renforcer ainsi le risque de voir le peuple refuser le projet.