Internet

Un projet de loi européen sur le droit d’auteur fait grimacer le web

Cette directive de Bruxelles viserait à réglementer l’utilisation de contenus soumis au droit d’auteur. Les experts craignent un affaiblissement de la liberté d’expression. Sur les réseaux, la résistance s’organise

L’heure est grave pour les puristes du web, au point d’invoquer la puissance de Hulk. Un internaute s’en remet à la créature verte pour pulvériser un énigmatique «article 13». Tous les regards se tournent vers cette proposition de loi européenne qui menace l’avenir d’internet tel que nous le connaissons. «Comme Hulk, disons non à la censure», clame @etiennegonnu sur son compte Twitter.

Ce projet de directive controversé porte sur le droit d’auteur. Il demande aux plateformes en ligne de «prendre des mesures pour assurer le fonctionnement des accords conclus avec les titulaires de droits pour l’utilisation de leurs œuvres». En d’autres termes, Facebook ou Twitter pourraient avoir l’obligation de censurer le contenu de leurs utilisateurs avant même leur mise en ligne.

«Gens ordinaires» pénalisés

Une perspective qui inquiète grandement les internautes. Est-ce la fin d’un internet libre et créatif? La presse annonce la possible mort des mèmes – avec un accent grave – ces fameux détournements humoristiques qui font ricaner le web, comme la célèbre image d’un John Travolta hésitant dans le film culte Pulp Fiction. Une scène maintes fois détournée pour exprimer une certaine confusion. Ou encore Batman qui gifle son comparse Robin, un dessin viral tiré d’une série de comics des années 1960. Les réseaux sociaux pourraient devoir automatiquement détecter ces contenus soumis au droit d’auteur.

«Avec le filtre, différentes formes d’expression seront bloquées, comme partager un GIF amusant sur les réseaux sociaux en guise de commentaire. Cette loi va changer la façon dont les gens ordinaires qui ne créent pas eux-mêmes d’œuvres 100% originales vont s’exprimer», regrette Anna Mazgal, membre de l’organisation Wikimedia, dans un article de 20 Minutes.

Lettre ouverte des pionniers du Web

L’inquiétude est d’autant plus grande que la commission des affaires juridiques du Parlement européen a approuvé mercredi la directive. Une étape décisive avant un vote en séance plénière du Parlement, qui pourrait se tenir au début de juillet ou en septembre. Septante pionniers du web se sont ralliés derrière Tim Berners-Lee pour adresser une lettre ouverte au président de l’institution, Antonio Tajani, dans laquelle ils dénoncent «un pas sans précédent vers la transformation d’internet: d’une plateforme ouverte de partage et d’innovation, il se muerait en outil de surveillance et de contrôle automatisé de ses utilisateurs».

Une campagne en ligne, baptisée «#SaveYourInternet – #DeleteArt13», a également vu le jour pour tenter de faire échouer le projet. Les internautes sont invités à interpeller les politiciens, que ce soit par mail, au téléphone ou directement sur Twitter. Avec cette demande: «Soyez un héros du web.» Si le texte a ses détracteurs, il a également ses défenseurs. Jean-Marie Cavada, eurodéputé libéral français, s’est réjoui de son approbation en commission. «Nous avons gagné! Les créateurs ont enfin le droit d’être protégés dans la jungle numérique. L’Europe prend conscience que, leader dans la protection des données personnelles, elle doit le devenir dans la protection des données culturelles», a-t-il tweeté.

Technologie imparfaite

Google, Facebook et Amazon possèdent déjà des algorithmes avancés de reconnaissance d’images. Cette directive serait-elle pour autant applicable? La version britannique du média américain Wired explique que le combat européen est perdu d’avance. Raison principale: la technologie de détection des publications litigieuses est loin d’être infaillible. Comment différencier une œuvre protégée d’une parodie parfaitement légale? La frontière est bien souvent trop fine pour les systèmes informatiques.

Bien sûr, les erreurs de jugement pourront toujours être signalées. Mais l’internaute lambda sera toujours moins armé qu’un géant du numérique pour obtenir gain de cause. Sur le réseau social Reddit, temple de la «culture du LOL», un internaute lance un cri du cœur: «Vous pouvez prendre notre internet et nos droits, mais vous ne pourrez jamais prendre nos mèmes.»

Publicité