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Le directeur de la SSR Gilles Marchand se félicite de l’échec de No Billag et promet des réformes, le 4 mars 2018.
© ANTHONY ANEX / Keystone

Éditorial

Et maintenant, un projet pour la place médiatique suisse

ÉDITORIAL. «No Billag» balayée, la SSR peut envisager sereinement une réforme de fond. Celle-ci devrait redéfinir le service public et s’attaquer à la crise qui frappe l’ensemble des médias helvétiques

Le résultat est cinglant. Après avoir tremblé pour son existence pendant six mois, la SSR se retrouve confortée comme jamais par le rejet massif de l’initiative «No Billag». L’enjeu est désormais de savoir ce que les Suisses ont voulu dire par ce vote – et ce que le monde politique et la SSR elle-même vont en faire.

L’énormité du score donne un premier indice. Si moins d’un Suisse sur trois a voté pour «No Billag», c’est parce que la population a voulu préserver une grande institution nationale. L’audiovisuel public est une infrastructure critique pour tout Etat à l’ère des fake news, de la domination des géants du Web ou de la propagande résurgente des régimes autoritaires.

Lire également: La nouvelle SSR, en mode «réforme permanente»

Mais la SSR n’est pas qu’un canal d’information. C’est aussi le vecteur d’une certaine culture suisse – du yodel aux courses de ski en passant par le modeste cinéma national. Ce rôle de diffuseur populaire, quasi patriotique, explique que l’initiative n’ait pas réussi à mobiliser, même dans les zones rurales acquises à l’UDC.

Feuille de route limitée

Malgré des scores soviétiques contre «No Billag», la SSR promet aujourd’hui de «bouger» pour tenir compte des critiques. A ce stade, sa feuille de route reste très limitée: économiser 100 millions pour compenser la baisse prévue de la redevance, ne plus interrompre les films par des publicités, partager davantage de contenus et d’archives avec les autres médias. On est encore loin d’une réforme de fond du système médiatique suisse – que «No Billag», dans son simplisme, ne permettait même pas d’envisager.

Lire aussi: La SSR annonce un plan d'économie de plusieurs dizaines de millions de francs

Cette vision nouvelle est pourtant réclamée de toutes parts, à la lumière de deux réalités. D’abord l’érosion des revenus des médias privés, qui risque de réduire drastiquement la diversité de l’écosystème suisse dans ce domaine.

Durant la campagne, les dirigeants de la SSR se sont dits prêts à imaginer une architecture différente, moins centrée sur l’audiovisuel public et plus favorable aux autres médias. Il sera intéressant de voir ce que deviendra cette volonté lorsque s’ouvriront les discussions sur une nouvelle répartition de la redevance.

L’autre dominante des dernières années, c’est la montée de forces qui interdisent à la SSR de rester comme elle est: baisse de la publicité à la télévision, fuite de l’audience sur le Web, grognes récurrentes contre la redevance… Les vieilles notions de monopole audiovisuel et de service public doivent être revues à la lumière de ces évolutions.

Là encore, les dirigeants de la SSR ont promis un tournant historique. Ils ont même esquissé une SSR radicalement différente, recentrée, souple et peut-être capable à terme de se passer de redevance.

Lire aussi: L'interview de Gilles Marchand imaginant des réformes radicales à la SSR

Il faut maintenant que ces visions audacieuses prennent forme. Le pire serait d’attendre sans rien faire durant quatre ou cinq ans, le temps que Berne accouche d’un improbable master plan pour les médias suisses au XXIe siècle. C’est aux dirigeants de la SSR d’agir maintenant, en profitant d’un état de grâce qui ne durera pas éternellement.

Dossier
La controverse «No Billag»

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