Les Américains 

Un puissant lobby des armes pas si puissant

Guerre fratricide au sein de sa direction, dérapages: la NRA serait sur le déclin, note notre chroniqueuse. La preuve: elle s'en prend même à un dessin animé. La campagne présidentielle permettra d'évaluer son réel pouvoir

Rien ne va plus au sein de la National Rifle Association (NRA). Le très puissant lobby des armes, déchiré par des guerres de clans, ne serait, bonne nouvelle, plus si puissant que ça. Ces dernières semaines, directeur général et président se sont affrontés par courrier et noms d'oiseaux interposés. Le premier, Wayne LaPierre, a été accusé d'abus financiers par le deuxième, Olivier North, qui a réclamé sa démission. Mais au final, c'est Wayne LaPierre qui a été réélu à son poste et Olivier North qui a été remplacé.

Cette nouvelle lutte à sa tête va-t-elle nuire à l'organisation, qui revendique cinq millions de membres et refuse le moindre contrôle des armes à feu dans un pays régulièrement endeuillé par des fusillades de masse - vendredi encore, un employé municipal d'une station balnéaire de la côte est américaine a tué 12 personnes? Si elle cherchait à se tirer une balle dans le pied, elle ne ferait pas mieux. Car elle est déjà affaiblie par les révélations du rapport du procureur spécial Robert Mueller sur l'affaire russe: ses liens avec la Russie ont été mis en exergue.

Pour évaluer son réel pouvoir, le rôle de la NRA sera à observer avec une attention toute particulière ces prochains mois, dans le cadre de l'élection présidentielle. Car jusqu'ici, le lobby arrosait des politiciens à coups de millions de dollars, les rendant soudainement très dociles. Des membres du Congrès mangent dans la main de ses responsables.

Avant ces tensions, la NRA a connu de nombreux dérapages, plus ou moins volontaires. Et comme si elle était en manque de nouvelle polémique, elle s'est même attaquée à un dessin animé, sur sa NRATV. La coriace porte-parole Dana Loesch n'a pas trouvé mieux, pour se moquer de «Thomas & Friends», un programme pour enfants produit par Mattel, que de couvrir les locomotives qui parlent avec des cagoules du Ku Klux Klan. Elle l'a montré dans une émission qu'elle anime elle-même.

Le lien avec les armes? Aucun. La très conservatrice Dana Loesch voulait «juste» se moquer du dessin animé qui miserait à son goût un peu trop sur la tolérance entre ethnies et genres. Le programme avait décidé de faire voyager Thomas à la découverte de nouveaux pays et venait d'introduire des personnages-trains féminins, dont une locomotive venant du Kenya.

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La NRA peut toujours tenter de faire croire qu'elle ne protège pas les suprémacistes blancs qui se sont rendus coupables de fusillades dans des synagogues. Mais après l'épisode «Thomas & Friends» et l'affaire des cagoules, elle aura bien de la peine à se faire entendre. 

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