Kim Jong-un a le sens de la piété filiale, la plus importante des qualités pour un dirigeant nord-coréen. Pour célébrer le premier anniversaire de la disparition de son père, Kim Jong-il, l’héritier du régime dynastique communisto-confucéen s’est offert un feu d’artifice géant sous la forme d’un tir de fusée. Officiellement celle-ci a mis un satellite en orbite. Aux yeux de ses voisins, le message est moins pacifique: Pyongyang a fait la démonstration de sa maîtrise technologique de missiles à longue portée. Ils pourraient bientôt atteindre les côtes américaines.

En fidèle client, Téhéran a salué l’exploit qui ouvre de nouvelles perspectives pour son arsenal. Bachar el-Assad, autre acheteur régulier du «made in République populaire démocratique de Corée», tout occupé à réprimer sa rébellion, n’a pipé mot. Mais c’est d’abord à son peuple que s’adressait l’ancien élève bernois. Le succès de ce tir – suite à un échec cuisant en avril – assoit sa légitimité à la tête d’un système qui régente toujours ses 23 millions d’habitants par la terreur. Après avoir fait valser les têtes au sommet de l’armée, Kim Jong-un devait prouver qu’il dirige une nation capable d’impressionner son monde par sa capacité de feu.

Cette démonstration de force n’est à vrai dire pas la plus spectaculaire. En 2009, Pyongyang procédait à un essai de bombe atomique qui faisait entrer l’Etat famélique dans le club très sélect des détenteurs du feu nucléaire. Perspective autrement inquiétante. La communauté internationale s’était émue, avait voté de nouvelles sanctions, puis on avait aussitôt oublié la menace. Si la Corée du Nord procède à cette surenchère ce n’est pas seulement pour continuer à vendre ses armes et subjuguer son peuple mais aussi pour rappeler au monde qu’elle existe – et extorquer quelques aides en échange de sa retenue.

La différence, cette fois-ci, est que ce tir intervient dans un climat régional particulièrement délétère. Les tensions territoriales n’ont jamais été aussi vives depuis un demi-siècle entre la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Alors que leurs directions politiques sont partout renouvelées – hasard de calendrier – la surenchère nationaliste est à l’œuvre. Le retour des Etats-Unis dans le Pacifique divise un peu plus une zone qui est devenue le moteur de l’économie mondiale mais qui reste d’un équilibre politique très instable. Avec sa fusée, Kim Jong-un agit comme un pyromane au-dessus d’une poudrière.