Un rapport foncièrement hypocrite par Paul Coudret

Encore une fois le secret bancaire! Cette fois, comme le Luxembourg le dit sèchement à propos du rapport de l'OCDE sur la lutte contre la concurrence fiscale dommageable, on veut l'abolir en prétextant la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales. L'intention est a priori louable. Mais la Suisse et le Grand Duché, adeptes inconditionnels du secret professionnel bancaire, sont plus faciles à identifier et à isoler que les îles Anglo-Normandes pour la Grande-Bretagne, Monaco pour la France ou les îles Cayman pour les Etats-Unis. Des paradis fiscaux qu'il ne viendrait à l'idée d'aucun de ces pays d'éloigner de leur quotidien financier.

Il est facile de tirer sur la Suisse parce que la polémique des fonds en déshérence met son système et sa pratique bancaires sous pression. Mais, largement inspiré par les chefs d'Etat du G7 où les Etats-Unis sont très influents, ce rapport ignore les distributions de sucres fiscaux pour attirer les entreprises sur un territoire. Un usage qui fausse aussi la concurrence et rejaillit sur les contribuables. Il n'aborde pas non plus le désastre fiscal qui attend les Etats souverains avec la virtualisation croissante des transactions financières qui en efface le domicile et où les Etats-Unis sont à la pointe de l'innovation.

En cédant à la pression, la Suisse va en arriver à relativiser la portée du secret bancaire pour faire plaisir à ses partenaires. Or, ce secret bancaire n'est que la discrétion professionnelle à laquelle s'oblige le banquier face à son client. Dernier avatar d'une guerre financière à outrance qui a été déclarée à la place financière suisse, le rapport de l'OCDE pourrait inciter le législateur à anticiper les désirs de ses concurrents en le relativisant. Les centres off-shore déjà cités n'attendent que cela pour reprendre le rôle de la Suisse!

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