Editorial

Le peuple pris en otage

En annonçant la tenue d’un référendum sur un nouveau plan d’aides en échange de coupes budgétaires, le premier ministre grec Alexis Tsipras peut se vanter d’avoir donné un joli coup de pied dans la fourmilière européenne. Depuis le début de la semaine, on assiste à une cacophonie qui en dit long sur l’état de l’Union même si, jusqu’ici, une cohésion de façade est maintenue. A ce petit jeu, il n’y a pour l’heure aucun gagnant.

En attisant le spectre du Grexit, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ne sort pas grandi, ni la démocratie. Transformer ce référendum en plébiscite sur l’euro peut sembler de bonne guerre. Il est en réalité dangereux et sera forcément perçu par tous les déçus de l’Europe comme une démonstration de plus du découplage entre les institutions européennes et les citoyens.

Car qui peut contester le bien-fondé du recours au référendum de la part du gouvernement grec dans une pareille situation de crise? Non seulement il est légitime, mais il a le mérite de confronter les élites européennes à une nécessaire introspection. On ne peut plus simplement dire aux électeurs «faites-nous confiance ou ce sera le chaos». Fonder une politique sur la peur est malsain.

Au cœur de ce débat, il y a bien sûr l’austérité. Il ne recouvre que partiellement une césure gauche-droite. La gauche radicale au pouvoir à Athènes trouve en effet le soutien d’économistes de toutes les colorations politiques pour affirmer que son niveau d’endettement est ingérable. Pour demander de nouveaux sacrifices aux Grecs, il faut leur offrir une perspective d’avenir.

Ce référendum n’en est pas moins problématique. Comment peut-on demander à une population de se déterminer en une semaine sur une question qui n’a pas été clairement formulée? Comment ne pas s’interroger sur l’instrumentalisation de cet outil à des fins politiciennes? Alors que l’exercice aurait pu être salutaire, il s’ajoute au grand cafouillage. L’Europe n’avance qu’en surmontant ses crises, dit-on. Le spectacle qu’elle offre ces jours-ci n’en est pas moins déplorable.

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