Editorial

Un référendum n’est pas une bouffonnerie

L’histoire politique anglaise pourrait ne retenir de David Cameron et Boris Johnson que cela, le désastre d'un jeu qui a mal tourné. Une semaine après le vote pour le Brexit, l'éditorial du Temps

Les rires et les ricanements ont presque couvert son message: le meneur du camp du Brexit, Boris Johnson, rattrapé par le réel, a décidé de jeter l’éponge et de ne pas briguer le poste de chef des conservateurs. Il ne deviendra donc pas le successeur de David Cameron au 10, Downing Street. Theresa May, sa rivale, résume en deux mots le naufrage: gouverner n’est pas une blague. Est-ce là un premier oracle après le désastre du référendum britannique? Si oui, on doit comprendre toute la portée de ce rebondissement. D’abord, le naufrage de Boris Johnson s’inscrit dans une séquence qui a débuté avec la démission de David Cameron. Ce qui est en cause, c’est l’échec d’une certaine politique. Les Britanniques, certains d’entre eux au moins, jurent qu’on ne les y reprendra plus, mais les enseignements doivent être tirés des deux côtés de la Manche.


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En l’absence d’une tradition référendaire telle qu’elle existe en Suisse, la tenue d’une consultation populaire unique sur un objet complexe et controversé est une mascarade, qui tient plus du simulacre que de l’exercice démocratique. En lançant son référendum, David Cameron avait en tête des calculs mesquins pour asseoir et conserver son pouvoir, mais en aucun cas le bien du pays. Il a instrumentalisé sans vergogne un scrutin épineux et potentiellement lourd de conséquences, pari égoïste, risqué et perdu. L’histoire politique anglaise pourrait ne retenir que cela, ce désastre, de lui.

Le drame aurait fait long feu s’il n’y avait eu d’autres sublimes protagonistes. Et là, Boris Johnson entre en scène: il tient son rôle, l’occasion est trop belle, il veut prendre David Cameron à son propre piège. L’enfant d’Eton, prodige de la politique, chéri des médias, ne cache pas vraiment ses desseins: devenir, comme l’Iznogoud de la bande dessinée, calife à la place du calife. Fin stratège, Boris Johnson réalise son plan machiavélique, il pense avoir gagné la partie après un coup de maître. Mais il joue, comme si ni les mots ni les déclarations n’avaient de conséquences. Il accumule bourdes, mensonges et calembredaines à s’en rendre ridicule. Les cadres de son parti s’en irritent comme ils s’offusquent de ses écarts de conduite.

Boris Johnson pensait avoir le soutien de son parti. Cette erreur de jugement lui a été fatale. Michael Gove, son allié de campagne, l’a poignardé dans le dos. Cette histoire a une morale: à prendre les citoyens pour des sots, on risque un retour de bâton. Mais il ne s’agit pas d’une fable: les édiles britanniques ont montré le pire visage de la politique, ce qui pourrait bien creuser le fossé entre eux et les électeurs.

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