Contrairement à ce qu’on a pu d’abord croire, l’écriture inclusive ne fait pas l’unanimité parmi les spécialistes du langage. Trente-deux linguistes exposaient leur critique dans Marianne le 18 septembre 2020. Le 30 mars dernier, Julie Neveux et Franck Neveux opposaient leurs vues dans les colonnes du Figaro et, le 19 avril, Bernard Cerquiglini, fervent défenseur de la féminisation des noms, exprimait de sévères réserves concernant d’autres procédés supposés rendre la langue moins discriminatoire.

Ce qui fait l’unanimité, c’est la nécessité de travailler à l’égalité entre les sexes dans la société et, du coup, dans les discours. Mais cela ne signifie pas manipuler librement et chaotiquement la langue. Au sens où Saussure l’entendait, la langue – ayons à cœur de le rappeler sur ses terres – n’est pas une institution ordinaire, mais celle qui fonde toutes les autres et qu’aucune autre ne peut fonder. Elle émane de la pratique du plus grand nombre et est le lieu où s’élaborent notre subjectivité et notre pensée. Son évolution répond de lois à l’articulation du naturel et du culturel.