Éditorial

Pour un retour à l’ordre démocratique à Hongkong

ÉDITORIAL. Alors que la violence gagne les campus, le seul espoir des démocrates hongkongais est de s’en tenir à leur ordre légal. Sans quoi, Pékin aura gagné la partie.

Les scènes de violence qui s’emparent de Hongkong semblent sorties d’un Mad Max. Des manifestants retranchés dans des universités tirent des flèches, lancent des pierres ou des projectiles à l’aide de catapultes improvisées sur des forces de l’ordre prêtes à riposter à balles réelles. Après cinq mois de manifestations antigouvernementales, la fatigue, l’usure et le désespoir menacent de faire basculer l’ex-colonie vers l’irréversible. Au vu de ces débordements, les appels au retour à l’ordre et au respect de l’Etat de droit des autorités semblent des plus raisonnables. Mais de quel ordre et de quel Etat de droit parle-t-on?

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Depuis le mois de juin, des centaines de milliers de Hongkongais sont descendus à de multiples reprises dans la rue pour faire respecter le contrat d’autonomie qui lie ce territoire à la Chine. D’abord en refusant une loi d’extradition dont on craignait qu’elle n’ouvre le règne de l’arbitraire en arrimant Hongkong au système judiciaire chinois. La rigidité de Carrie Lam et la brutalité de l’action policière ont convaincu ensuite une majorité de Hongkongais que c’était leur avenir même qui était en jeu dans cette lutte. Jusqu’à ces derniers jours, 60% d’entre eux soutenaient les revendications des manifestants: enquête sur les violences policières, amnistie des manifestants inculpés et suffrage universel.

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Alors, quand Pékin dénonce une «révolution de couleur» fomentée de l’étranger et visant l’indépendance, personne n’est dupe. Les Hongkongais ne contestent pas la souveraineté chinoise, ils refusent la loi du Parti communiste. Cette loi à laquelle Carrie Lam semble si facilement se plier alors qu’elle devrait être le premier rempart pour défendre le principe «un pays, deux systèmes». L’ordre et l’Etat de droit auxquels se réfèrent les Hongkongais sont inscrits dans la loi de base garantissant leur autonomie, celle qui leur promet le suffrage universel.

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La bataille en cours ne va pas se décider sur les campus universitaires. Car ce mouvement n’est de loin pas limité aux étudiants. Mais pour avoir une chance de succès, les démocrates hongkongais doivent revenir à un cadre d’action légal. Ils devraient être encouragés à le faire par une décision de la Haute Cour de justice qui vient de déjuger Carrie Lam et sa loi anti-masques. La prochaine étape doit se jouer dans les urnes, lors d’élections locales qui feront office de référendum. C’est la seule voie possible.

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