Il y a tout juste 30 ans, je sortais de l’université. L’université fut la période de ma vie la plus incroyable, elle m’a aidée à sortir de ma zone de confort et a accentué ma curiosité et ma soif de comprendre. C’était la bonne place pour celle que j’étais. J’avais vite compris que je venais tout juste de commencer à apprendre.

Diplôme d’affaires en poche, prête à conquérir le monde avec en tête les outils de management nécessaires (et mes émotions et mon intuition dans ma poche), j’étais devenue un amalgame d’éclats et de curiosité, pleine d’énergie et d’audace. J’ai toujours aimé les chiffres, le concret. J’ai trouvé du travail assez facilement en partie seulement grâce à mon diplôme, mais surtout grâce à mon engagement dans la vie associative et à de premières expériences professionnelles.

J’ai trouvé mon premier poste dans un secteur improbable. Les femmes d’affaires en business n’étaient pas légion. Mon parcours n’a pas été linéaire: au départ chez un grand savonnier ici et ailleurs, suivi d’un poste à Neuchâtel en Suisse dans le chocolat pour lancer, par la suite, avec mon partenaire une entreprise de Marketing et Communication à Genève bien positionnée, et la revendre 14 ans plus tard. J’ai appris que le travail, c’est avant tout 80% d’effort, 20% de talent. Le tout dans un cadre de vie qui permet d’avoir du plaisir et faire des rencontres enrichissantes. J’ai toujours su que j’étais à la bonne place.

Il y a quelques jours, j’ai reçu cette nouvelle: 125 étudiants de l’Université Harvard avaient triché aux examens. «Le manque d’honnêteté ne peut et ne sera pas toléré à Harvard», a affirmé Michael D. Smith, doyen de l’université, annonçant une réponse «forte». «L’intégrité est prise très au sérieux parce qu’elle est au cœur de notre mission éducative»: c’est «Le Figaro» qui nous rapporte ces propos. L’université a communiqué en temps de crise en devançant la presse de façon claire et cohérente. Du point de vue de l’expert en communication que je suis, c’est presque un sans-faute. Mais vous, comment réagiriez-vous à cette affaire?

Incroyable, inacceptable… La base de notre société fondée sur les valeurs de l’effort est sapée… Où est l’éthique, la réflexion, la découverte? J’ai toujours cru que l’université a pour mission de développer chez les jeunes la flexibilité, l’imagination, la curiosité ainsi que la capacité de prendre des risques et de tomber. C’est la beauté de l’université.

Aujourd’hui, j’enseigne aux hautes écoles durant une partie de mon temps. Je dis à tous mes étudiants que si un jour ils faisaient des bêtises en dehors de l’université, même âgée de 90 ans, je cognerais à leur porte de président ou de CEO et je leur tirerais les oreilles. La triche, c’est 0% de réflexion, 0% de découverte et 0% d’éthique, 0% de curiosité.

Après 30 ans, l’université est toujours la bonne place pour la personne que je veux devenir. Je retourne sur les bancs de l’école en septembre (à temps partiel), avec la ferme intention de créer un «win-win» à partir de ces 30 années d’expérience. Je quitte ma zone de confort. Je garde ma curiosité et j’ose l’audace. Bonne rentrée.

Josée Bélanger, fondatrice et directrice de TOUTMORROW, innovation et entrepreneuriat

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