Opinion

Un second tube au Gothard? Un gouffre énergétique!

Un deuxième tunnel routier provoquerait une augmentation massive de la consommation globale d’énergie, dénonce Laurent-David Jospin, consultant, membre du comité directeur national des Vert’libéraux

Le souverain helvétique doit se prononcer prochainement sur l’opportunité de réaliser ou non un 2e tube routier au Gothard. Les intervenants traitent volontiers les aspects mobilité, sécurité, légaux ou encore environnementaux. À l’heure où notre pays a ratifié le protocole d’accord mondial de la COP21, la question énergétique mérite d’être examinée avec soin. La construction d’un 2e tube au Gothard provoque un gaspillage énergétique équivalent à la production annuelle moyenne de la centrale nucléaire de Mühleberg (2’500GWh).

Energie «grise»

En premier lieu, une quantité substantielle d’énergie dite grise doit être investie pour réaliser le tunnel. Cette énergie correspond à la somme des efforts qu’il convient de fournir pour produire le béton nécessaire, creuser le trou lui-même, traiter les remblais, ainsi que tous les autres à-côtés indispensables pour arriver au stade d’un tunnel parfaitement fonctionnel. Chaque poste peut être analysé dans le détail mais juste pour donner une idée, le béton à lui seul consommera 250GWh d’énergie pour pouvoir être mis à disposition du chantier. Une estimation plutôt conservatrice de l’énergie totale engloutie dans le chantier prévu pour durer une dizaine d’années tourne autour des 2’500 GWh.

Ce chiffre est pour le moins considérable. Il correspond à la consommation électrique privée de 2 500 000 personnes pendant une année. Une fois le tunnel mis en place, il convient de l’exploiter, ce qui génère encore de la consommation (lumière, ventilation, entretien…). Mais surtout, il induit des modifications de comportement qui peuvent soit diminuer la consommation ou au contraire l’augmenter.

Lire aussi: «Travaux au Gothard: comment sortir du tunnel»

Indicateurs au rouge foncé

Dans le cas d’espèce, tous les indicateurs virent au rouge foncé! Le point le plus spectaculaire concerne la surconsommation générée par les poids lourds, qui renonçant à la solution du ferroutage, grimpent la route d’accès au tunnel routier à 1’150 mètres d’altitude au lieu d’utiliser le tunnel de base. On parle ici de dizaines de millions de litres de diesel consommés en pure perte chaque année, 20 millions avec la configuration actuelle du trafic poids lourds, et potentiellement beaucoup plus encore avec l’accroissement du trafic prévu. (Pour les calculs de détails, se référer au blog de l’auteur, www.famillejospin.ch/ouvrirlesyeux/).

Les experts neutres du monde des transports l’affirment sans équivoque, le 2e tube conduirait à une augmentation d’au minimum 30% du trafic poids lourds dans notre pays. Ceci signifie que l’ensemble de l’économie devrait supporter un effort de «décarbonation» d’autant plus important que le gaspillage augmenterait ici.

Bouchons à clé

Et encore le calcul relativement sommaire réalisé pour arriver aux résultats ci-dessus ne prend pas en compte les effets graves sur la fluidité du trafic. Sachant qu’une ouverture d’un deuxième tube provoquera un afflux de camions européens supplémentaires et que la majeure partie des axes autoroutiers principaux du plateau sont déjà en situation de saturation, une aggravation des conditions de circulation avec force bouchons à la clé, et partant encore une fois de la consommation supplémentaire totalement improductive, serait garantie. Selon les fabricants de camion eux-mêmes, deux arrêts-redémarrages par kilomètre suffisent pour tripler la consommation.

Une saine gestion veut qu’un investissement soit rentable et donc amortissable. Ici, la question qui est posée à la population consiste à savoir si elle est prête à investir un montant très significatif, qui, au final, au lieu d’apporter des dividendes, générera des coûts et problèmes supplémentaires.

La dépense énergétique de la construction du 2e tube conduirait à dépenser encore plus d’énergie, majoritairement fossile, sans aucun avantage à la clef, alors que nous parlons de stratégie énergétique 2050! Le bon sens appelle à un refus clair d’une solution qui n’aurait jamais dû être envisagée tant elle obère la situation quel que soit l’angle de vue considéré!

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