Revue de presse

Un sentiment d’urgence climatique domine à l’ouverture de la COP23

L’ONU, sous l’égide de laquelle la conférence de Bonn est placée, préconise une accélération des actions susceptibles de limiter le réchauffement. Mais déjà, on sent un découragement et une résignation générale

La communauté internationale se retrouve dès ce lundi à Bonn avec pour mission d’avancer sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat. Cette COP23 rassemble les représentants de près de 200 pays jusqu’au 17 novembre. Son slogan est de nature olympique: «Viser plus loin, plus vite et tous ensemble.» Car il ne s’agit plus, comme le juge L’Opinion, de réparer, mais de «limiter les dégâts».

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Symbole fort, relevé par France 24, «pour la première fois, une COP est présidée par un petit pays insulaire: les Fidji», dans l’Est océanien, qui a déjà eu plusieurs réunions préparatoires, rapporte la Fiji Broadcating Corporation. C’est «une belle reconnaissance pour cet archipel du Pacifique qui subit déjà de plein fouet les affres du changement climatique». Là-bas, «la montée des eaux – 6 mm par an – la force croissante des ouragans alimentés par une eau de plus en plus chaude sont des réalités» tangibles, que met en évidence un reportage de La Croix: «Avant la fin du siècle, des îles entières vont devoir être abandonnées par leurs populations.» C’est notamment le cas des Kiribati:

Alors, si on a là «un mégaphone pour le Pacifique», selon la formule de France Inter, c’est aussi – et c’est moins encourageant – «la première COP du mandat de Donald Trump. Cette autre singularité risque fort d’occulter la précédente. Si les îles Fidji doivent être confirmées, lundi, en assemblée plénière, comme nouveau chef d’orchestre des négociations pour les douze mois à venir, l’archipel du Pacifique sait déjà qu’il devra gérer les fausses notes de l’un de ses premiers solistes, les Etats-Unis», déplore Le Monde. Qui sont «en très mauvaise posture pour donner le ton», explique Sciences et Avenir.

Car «depuis le 1er juin, date de l’annonce américaine de retrait de l’Accord de Paris (COP21) – conclu fin 2015 pour contenir le réchauffement sous le seuil des 2 °C et ratifié à ce jour par près de 170 capitales, dont Washington – les Etats-Unis jouent les trouble-fête. Un pied dedans, puisque le texte de la COP21 les maintient dans ce cadre multilatéral jusqu’en novembre 2020, un pied dehors, puisque M. Trump ne manque aucune occasion de rappeler que cet accord est un mauvais coup porté à son pays.»

Raison de plus pour les Fidjiens d’apporter «aux négociations le sentiment d’urgence d’un pays pour qui la lutte contre le changement climatique est une question de survie, assure Nazhat Shameem Khan», cheffe négociatrice et représentante permanente de son pays auprès des Nations unies à Genève: «Un de nos grands défis lors de ces deux semaines va être de pousser les Etats à remonter fortement et urgemment leurs ambitions de réductions d’émissions de gaz à effets de serre», dit-elle à Libération. En résumé, il s’agit de «maintenir l’espoir de Paris».

Mais France Culture est plus pessimiste: «Les engagements pris sont trop peu ambitieux et ne seront même pas tenus. C’est un rapport de l’ONU […] qui en fait état. Maintenir le réchauffement climatique planétaire en dessous de 2 degrés s’avère déjà peine perdue alors qu’il s’agissait là il y a un an de la mesure phare contenue dans cet Accord de Paris. Il est donc urgent, préconise l’ONU, «d’accélérer l’action à court terme et de renforcer les ambitions nationales à long terme». Formule sibylline symptomatique d’un état général de découragement et de résignation.»

Il n’y a en effet «pas de mots trop grands pour donner la mesure de l’enjeu», selon Les Echos: il en va de «l’avenir de nos enfants et petits-enfants» et de «la possibilité que nous leur donnerons, ou non, de vivre la seconde moitié de ce siècle sur une planète vivable». Il faut dire que le «décor» a changé: «Ouragans et cyclones plus intenses et plus fréquents, fonte rapide de la banquise, élévation moyenne des températures à la surface du globe, concentration record de gaz à effet de serre: les effets extrêmes du changement climatique se manifestent plus tôt dans le siècle que les experts ne le pensaient.»

«Chassez la nature, elle revient au galop», écrit l’éditorialiste du quotidien économique français. Il n’y a donc pas le choix: «L’enjeu est de permettre à l’opinion publique mondiale de dénoncer et condamner, sur le modèle du «name and shame» anglo-saxon, les sabordeurs de la planète. Peut-être un #BalanceTonPollueur permettrait-il […] de rendre transparent ce qui était caché. Les citoyens doivent prendre le pouvoir écologique, c’est aussi cela qui est en jeu à Bonn.»

Pour le Guardian, il n’y a aucun doute, «Bonn doit aller plus loin que Paris». Il faudra «lutter pour chaque degré», écrit la Frankfurter Allgemeine ZeitungElle espère donc que la publication des Paradise Papers ne vienne pas éclipser cette conférence. L’ONG Plan International rappelle d’ailleurs que ce sont «les enfants, en particulier les filles» qui sont «les premières victimes du changement climatique». Et qu’il est donc – le refrain revient comme une litanie – «urgent d’agir».

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