Il n’y a pas que le contenu. Au-delà de ce qu’ont pu dire ces deux derniers jours les anciens cadres dirigeants d’UBS au sujet du scandale du Libor, il y a la forme grâce à laquelle leurs justifications, parfois consternantes, ont été obtenues.

Voir Marcel Rohner et ses anciens lieutenants devoir se justifier devant un comité parlementaire est un exutoire. Pour les autorités britanniques, pour les lésés aussi, et encore pour le grand public. Pendant plusieurs heures, en direct sur Internet, les «grands méchants banquiers» sont acculés par des questions inquisitrices. Le show, car c’est bien d’un spectacle qu’il s’agit, est jubilatoire pour ceux qui n’auraient pas fini d’en vouloir à la grande banque. L’exercice britannique a certes ses limites. Les députés sont aussi en représentation publique. Mais la mise en scène fonctionne. Elle apporte davantage que des révélations finalement assez décevantes.

Ces auditions constituent un moment important pour les Suisses. Car, derrière le scandale du Libor, on peut aussi y voir un mea culpa général, qui concerne toutes les autres «affaires» dans lesquelles UBS et d’autres banques suisses, d’ailleurs, ont été impliquées depuis cinq ans.

En Suisse, personne n’aurait refusé de voir Marcel Ospel ou l’un de ses successeurs passer sur le gril d’une commission parlementaire à Berne. Cela n’a jamais été le cas.

Tout autant que l’absence de punition, l’absence d’explications publiques frustre. Pire, elle laisse la place à l’imagination de chacun. Chez certains, elle alimente le sentiment d’une connivence entre dirigeants politiques et économiques. Chez d’autres, elle laisse à penser que les autorités politiques ont fait preuve de lâcheté.

Les anciens dirigeants d’UBS ont-ils des regrets? Ceux qui, à force d’ambitions démesurées, ont failli faire disparaître la grande banque et ont déstabilisé la place financière tout entière ont-ils été pardonnés? Doivent-ils l’être? Ont-ils seulement avoué leurs fautes? Comment ont-ils pu ne pas voir, ou même encourager, tous ces errements? Assument-ils leurs responsabilités? Toutes ces questions resteront ouvertes. Car en Suisse, les affaires sont closes.