éditorial

Un signal pour la Suisse

Après une décennie de croissance ininterrompue et huit ans de Grand Conseil, le Mouvement Citoyens genevois (MCG) se hisse au gouvernement ­cantonal. Il y a une logique démocratique dans cette consécration, le parti disposant dé­sor­­mais d’un député sur cinq.

Cela n’en représente pas moins un gros pari pour le gouvernement du canton. Au soir de sa victoire, et même si c’est le plus poli du MCG qui est élu ministre, difficile d’oublier que ce parti a fait sa place par ses critiques, non constructives le plus souvent, en dénonçant les «institutions pourries», en émettant des slogans toujours plus agressifs à l’égard de frontaliers comparés à une épidémie. Le MCG, qui affirmait dimanche soir qu’il entendait bien rester lui-même, peut-il être soluble dans le gouvernement genevois? Peut-il même lui apporter une nouvelle façon de voir – et de résoudre – les difficultés d’un canton frontalier et de plus en plus frondeur? C’est peut-être un vœu pieux, c’est en tout cas toute la question.

Plus que l’ensemble des partis de gouvernement, c’est la gauche, si l’on se fie aux résultats du Conseil d’Etat, qui peut prendre l’accession du MCG pour un désaveu. L’Entente bourgeoise s’impose largement dans le quatuor de tête, malgré l’éviction d’Isabel Rochat. Face aux frustrés de la croissance, aux laissés-pour-compte de la libre circulation, l’alliance rose-verte n’a plus le même pouvoir de conviction: malgré la nette élection d’Antonio Hodgers et d’Anne Emery-Torracinta, elle perd son troisième siège.

L’entrée du MCG au gouvernement cantonal doit sonner comme une alerte dans toute la Suisse. Elle consacre les progrès d’un nationalisme spécifiquement genevois – le rôle de l’UDC se limitant à apporter de l’eau au moulin du MCG – au moment même où des votations fédérales sensibles se profilent sur l’extension de la libre circulation à la Croatie, contre l’immigration massive et pour limiter la croissance démographique. Cela dans un canton qui a fait de la région lémanique le deuxième pôle économique du pays, qui est le plus dépendant de l’ouverture des frontières, laquelle, jusqu’ici du moins, a toujours prévalu au moment du vote.

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