Maintenant, on sait. Le tirage au sort de dimanche à Lucerne n'a pas eu pour seul mérite de laisser à l'équipe de Suisse quelques bonnes raisons de croire en son étoile. Il a enfin donné un visage concret à l'Euro 2008, la plus grande vitrine dont ce pays ait jamais bénéficié.

La candidature austrohelvétique a décroché le pompon en décembre 2002. Mais les congratulations d'usage une fois consumées, on a surtout, un quinquennat durant, brandi nos craintes, ressassé nos rognes et observé le cours de l'euro avec une méfiance bien de chez nous. Oui, une manifestation de cette ampleur exige un important investissement humain et financier - initialement fixés à 3,5 millions de francs, les seuls coûts liés à la sécurité s'élèvent en fin de compte à 82,5 millions. Oui, un Euro, ça coûte cher et ça fait du bruit.

Mais maintenant que le géant a pris un visage, on pourrait cesser d'en avoir peur et, pourquoi pas, tenter de le faire sourire. Sans vouloir négliger l'aspect sportif ou les retombées économiques engendrées par le mastodonte, c'est là que se situe le principal enjeu pour la Suisse.

Ce pays, qui ne brille pas toujours par sa capacité d'ouverture, voit s'offrir à lui une formidable opportunité de se mettre en valeur. A l'image des Allemands, qui ont parfaitement exploité la Coupe du monde 2006 pour démontrer au reste de la planète qu'ils n'étaient pas aussi tristes et gris que certains clichés le laissaient supposer, les Suisses doivent prouver qu'ils peuvent être assimilés à autre chose qu'un lingot d'or, un mécanisme horloger ou un carré de chocolat.

Environ un million de visiteurs étrangers viendront se faire une idée sur la question en juin prochain. Pour que tout se passe bien, il s'agirait d'abord de se convaincre qu'ils ne seront pas là pour casser nos vitrines et nos oreilles. Mais pour vivre un moment de partage que nous nous devons de leur offrir.

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