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Ivan Rakitic à l'entraînement, 14 juillet 2018, Moscou.
© FACUNDO ARRIZABALAGA

Coupe du monde

Un Suisse sera-t-il champion du monde ce dimanche? 

ÉDITORIAL. Reflets d’un monde en mouvement, 82 des 736 joueurs engagés en Russie sont nés dans un autre pays que celui qu’ils représentent. C’est ainsi qu’un Suisse sera peut-être sacré champion du monde avec la Croatie

Aucun footballeur suisse n’a jamais soulevé la Coupe du monde de football. Mais il s’en est fallu de peu: le 30 juin 2002, l’attaquant Oliver Neuville, né à Locarno, a disputé, mais perdu, la finale du tournoi avec l’Allemagne contre le Brésil.

Une nouvelle occasion se présente dimanche. Ivan Rakitic est né en Suisse, il détient un passeport suisse, et il a porté en sélection espoir le maillot de l’équipe de Suisse. Mais il a finalement choisi de défendre les couleurs de son pays d’origine, la Croatie.

Retrouvez tous nos articles sur la Coupe du  monde.

Les questions d'appartenance, une obsession

Jamais la reine des compétitions du roi des sports n’aura autant brassé les questions d’origine et d’appartenance. En Russie, 82 des 736 joueurs participants sont nés dans un autre pays que celui qu’ils représentent. Pas moins de 50 ont vu le jour en France, dont 21 des 23 Bleus de Didier Deschamps, complétés par un natif de République démocratique du Congo et un du Cameroun. Seules 6 des 32 sélections ne comprenaient aucun joueur né dans un autre pays. En équipe de Suisse, deux tiers des joueurs étaient binationaux.

Face à cette réalité statistique, enflammée en Suisse par l’affaire des aigles albanais, deux visions du monde antagonistes se sont affrontées au comptoir des bistrots et sur les réseaux sociaux. La première, d’une nostalgie rance, consiste à regretter le temps où les sélections n’alignaient que des joueurs nés dans le pays de leurs deux parents. La seconde, d’un angélisme superficiel, rétorque qu’il n’y a rien de plus beau qu’une équipe multiculturelle. Et chacun se sent obligé d’établir son camp quelque part entre ces deux extrêmes.

Un billet d'humeur: Comment peut-on être binational – sans être suspect 

Le football reflète un monde qui change

Comme s’il y avait un choix à faire. Comme si, ainsi que semble le penser le secrétaire général de l’Association suisse de football, Alex Miescher, il y avait lieu de se poser la question: «Voulons-nous des binationaux?» Ce n’est pas le cas. Pas parce que sans eux l’équipe nationale serait affaiblie – futile considération sportive – mais parce que si les aléas en ont fait des binationaux, il n’appartient à personne d’en faire des demi-citoyens.

Le football des nations reflète un monde qui change. Un monde où certains naissent dans un pays qu’il faut quitter pour survivre. Un monde qui pousse au mouvement ceux qui sont du mauvais côté du fouet de l’inégalité.

Lire aussi: Un aigle noir qui questionne l'identité suisse

Deux profils différents d'équipes

L’équipe de France, dont les joueurs sont majoritairement des fils d’immigrés élevés dans des quartiers difficiles, raconte un pays d’accueil qui tente d’assumer sa responsabilité d’intégration. Celle de Croatie, créée en 1991, est le fruit de la guerre qui a déchiré l’ex-Yougoslavie.

La chaotique marche du monde laisse des hommes avec deux nationalités. Le football leur demande de n’en choisir qu’une. Mais cela n’éteint pas l’autre, pas plus que cela ne résout les interrogations profondes héritées d’un parcours de vie complexe. Dimanche, un Suisse remportera peut-être la Coupe du monde de football pour la première fois. Il s’appelle Ivan Rakitic et il joue pour la Croatie.

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