Il est rare qu’un match de football se termine au Tribunal correctionnel. C’est arrivé cette semaine à Genève où, trois ans après une très violente bagarre générale survenue à la fin d’une rencontre sans enjeu de quatrième ligue, quatre joueurs comparaissaient pour rixe, lésions corporelles simples, lésions corporelles graves et même, pour l’un d’eux photographié en train d’asséner un violent coup de pied à la tête d’un adversaire au sol, de tentative de meurtre par dol éventuel.

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Ce chef d’accusation n’a pas été retenu, mais l’auteur de ce coup de folie a été condamné hier à 30 mois de prison, dont 9 ferme. Le jugement, inférieur au réquisitoire de la procureure (4 ans ferme et 7 ans d’expulsion du territoire, non retenu), peut paraître clément à certains, mais il demeure exemplaire. De la prison ferme pour des actes de violence lors d’un match: voilà qui va marquer les esprits dans un milieu où l’on a depuis longtemps tendance à croire que ce qui se passe sur le terrain n’a pas d’incidence dans la vie réelle.

Dans le langage du football, un «attentat» est une faute brutale qui provoque un carton rouge et fait souvent rire à la buvette. Dans le langage judiciaire, sauter les deux pieds en avant sur un adversaire ou donner sciemment un coup de pied dans la tête sont des fautes lourdes qui engendrent condamnation et réparation. Non, un terrain n’est pas une zone de non-droit.

A notre sens, ce jugement sera plus dissuasif que les mesures préventives annoncées cette semaine par la ville et le canton, qui ont globalement (ré)activé les mêmes leviers de toujours (charte éthique, campagne de communication, formation des entraîneurs). Le procès a montré l’importance de la captation d’images, fournie par les téléphones portables et la présence d’un photographe amateur. A l’ère des webcams et des rencontres amateurs diffusées sur internet, l’enregistrement des rencontres pourrait être une piste.

Il fut surprenant de constater durant toute la semaine le désintérêt du monde du football. Aucun représentant des clubs concernés ni de l’Association cantonale (ACGF). Comme si cette histoire ne les concernait pas, ou plus. Certes, depuis 2018, chacun a agi – efficacement – de son côté, mais leur absence donnait l’idée que le volet judiciaire était une autre temporalité. Or, l’enjeu du procès était tout l’inverse: dire qu’il y a une suite logique à la violence sur les terrains et que celle-ci conduit au tribunal.