La Conférence sur la sécurité de Munich est aux relations internationales ce que le Festival de Cannes est au cinéma: beaucoup de grandes vedettes, quelques découvertes originales et un grand mercato qui permet aux praticiens de se rencontrer en toute liberté. Organisée par une fondation subventionnée par le gouvernement allemand, le Land de Bavière et d’importants sponsors du secteur privé, c’est, selon le classement de l’université de Pennsylvanie, la meilleure conférence de think tank au monde. Et la plus grande: elle a battu son record cette année, attirant six cents participants et observateurs et deux fois plus de journalistes. Trente chefs d’Etat et de gouvernement y ont pris la parole. Ce regain d’intérêt est en lui-même le reflet des tensions internationales.

A l’origine, en 1963, elle se concentrait sur les problèmes de sécurité de l’Alliance atlantique. Elle a élargi son horizon, s’ouvrant à de nouveaux partenariats et abordant des problèmes socio-économiques, climatiques et de santé publique. Elle s’intéresse également à la situation en Asie et en Afrique. Selon un haut représentant de l’ONU, la conférence de Munich s’est spécialisée dans le traitement des principaux problèmes stratégiques et politiques de l’heure; cependant elle n’offre pas la même qualité de dialogue avec l’économie mondiale, la science et la technologie que le Forum de Davos.

Etape incontournable

Etape incontournable de l’année stratégique, elle transforme Munich, l’espace d’un week-end, en capitale diplomatique mondiale. En marge de la conférence proprement dite, quatre importantes réunions institutionnelles ont eu lieu entre le 11 et le 14 février, grâce à la présence sur place des principaux acteurs: le Groupe international de soutien à la Syrie, le Quartet pour le Moyen Orient, le groupe Normandy sur la question ukrainienne et le Groupe international de contact sur la Libye.

Le pessimisme affiché au départ par les organisateurs dans le document de base de la conférence, «Rapport de Munich sur la sécurité», ne s’est pas démenti tout au long de la conférence: 2015 était une année noire, 2016 sera pire. Certains trouvent que cette approche fait trop peu de cas des deux succès diplomatiques enregistrés l’an dernier, l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien et l’accord sur le changement climatique de Paris. Mais le danger représenté par Daesch, l’ennemi public numéro un, n’est de loin pas maîtrisé (l’EI est entre autres à la pointe de l’innovation informatique) et le risque de graves attentats demeure; la pression de la Russie sur les positions d’un Occident affaibli et divisé augmente, tandis que l’on assiste à une militarisation croissante des conflits. Le chaos au Moyen Orient s’aggrave. L’accord sur une cessation des hostilités en Syrie ne convainc même pas ceux qui l’ont adopté.

Volet humanitaire

Il comporte cependant un volet humanitaire qui contient, selon Jan Eliasson, le vice-secrétaire général des Nations Unies, «une lueur d’espoir». L’ONU s’apprête à apporter de l’aide d’urgence à six ou sept villes assiégées et isolées de Syrie, soit à 200 000 personnes environ. Elle dispose sur place d’agents, de camions et d’entrepôts. Un groupe de travail réuni à Genève sous la direction de Jan Egeland, ancien ministre des affaires étrangères de Norvège et ancien responsable du secteur humanitaire de l’ONU, étudie les moyens d’acheminer ces secours sans aide militaire et à brève échéance. Tout dépend de la volonté des autorités syriennes et de l’influence que la Russie et l’Iran – signataires du communiqué de Munich – sont prêtes à exercer sur elles.

Dans un monde fiévreux, en proie à d’imprévisibles incertitudes et à d’incessants bouleversements, les crises paraissent sans limites et l’on semble à bout de ressources pour les surmonter. A Munich on a surtout tiré la sonnette d’alarme.

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