Revue de presse

Un titanesque morceau de glacier s’est effondré au sud de l’Argentine

Le spectacle était attendu depuis des semaines en Patagonie, d’autant que le Perito Moreno progresse, lui. Presque personne n’a vu cette scène extraordinaire, mais elle réveille comme à chaque fois la fascination de l’homme pour les forces herculéennes de la nature

Sur les images de la Télévision publique argentine qui a suivi l’événement en direct durant de longues heures, il faut une certaine patience pour ne pas très bien voir – finalement – s’effondrer l’arche du gigantesque glacier Perito Moreno, en Patagonie, qui s’est rompue dans la nuit de dimanche à lundi. Las, le grand fracas attendu depuis plusieurs jours s’est déroulé dans la pénombre australe, lors d’une tempête de vent et de pluie assez dantesque qui a empêché les touristes d’assister à ce phénomène spectaculaire. Il a donc «craqué au plus mauvais moment», s’attriste France Télévisions.

Des milliers de gens avaient pourtant fait tout spécialement le déplacement pour y assister, tant la rupture de ces immenses blocs de glace d’un bleu si pur est impressionnante. Mais le parc national Los Glaciares, en Argentine, situé à 2000 km au sud-ouest de Buenos Aires était fermé au moment où le phénomène s’est produit. La rupture «est toujours spectaculaire mais cette fois-ci, plus d’eau s’est accumulée que les trois ou quatre fois précédentes», avait expliqué quelques jours auparavant à la chaîne d’information TN Luciano Bernacchi, directeur du Glaciarium, un musée situé à proximité du parc, à El Calafate, au pied de la cordillère des Andes.

Lire aussi: Vers l’étoile des glaciers de la Patagonie (06.11.1999)

Cette chaîne de télévision est d’ailleurs celle qui est la plus didactique, expliquant très bien comment les lignes de fracture commencent à se produire jusqu’à l’inéluctable effondrement. Elle indique aussi, via plusieurs vidéos YouTube, comment le phénomène se produit exactement, et pour quelles raisons, avec des infographies très éclairantes sur ce phénomène dont on mesure mal l’impact sonore et visuel, ainsi que les cris d’admiration et de joie qu’il suscite chez l’humain:

L’article du Temps ci-dessus ne date pas d’hier, mais il décrivait déjà bien ce qui vient de se produire à nouveau sur place: «Incroyable géographie qui a tracé en ces lieux un théâtre naturel. Car l’extrémité de cette péninsule forme un balcon face auquel se déploie, sur trois kilomètres de large, le front du glacier. Au début de l’été austral, le bonheur est là, dans l’attente du spectacle grandiose: à quelques mètres seulement au-delà du bras d’eau dans lequel s’avance le fleuve de glace. Aussi forts que le tonnerre, des craquements annoncent en permanence que le front hérissé de pics est sur le point de se rompre. Le regard scrute la façade, de la hauteur d’une cathédrale, pour deviner à quel endroit il va se fracturer.»

Et soudain…

Et puis «soudain, un pan de glace se descelle, puis s’affaisse et se fracasse dans les eaux, avec tant de force qu’il tourne plusieurs fois sur lui-même avant de se stabiliser. Puis les blocs s’éloignent pesamment vers le lac Argentino, formant le canal des icebergs», qui peuvent s’élever «jusqu’à 77 mètres au-dessus de la ligne de flottaison», précise le Spiegel. Selon Luciano Bernacchi, il s’agit d’un phénomène naturel pour ce type de glacier. La singularité de ce dernier tient au fait qu’il progresse continuellement contrairement à tous les autres, qui perdent de la surface gelée à cause du réchauffement climatique. En voici le moment clé:

C’est l’accumulation de masse glaciaire qui finit par provoquer la rupture et le détachement de gigantesques blocs. De l’avant de l’appareil tombent alors en permanence des morceaux de différentes tailles, produisant un bruit comparable à un coup de tonnerre, selon le site internet du parc national Los Glaciares. Un happening que les Argentins connaissent bien: nous étions à Buenos Aires il y a deux semaines, et toute la presse en parlait déjà, dans l'attente du bonheur à venir.

Classé au patrimoine de l’Unesco

L’effondrement du Perito Moreno, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, se produit habituellement au mois de mars. Ce phénomène, l’un des spectacles naturels les plus impressionnants au monde, se produit tous les deux à quatre ans depuis 2004 alors qu’il ne s’était plus produit au cours des seize années précédentes. La dernière fois, en 2016, c’était en plein jour, et des milliers de touristes y avaient assisté, comme le montrent ces images tournées par El País:

Un internaute de 20 minutes (France) confirme qu’on a affaire à un «spectacle extraordinaire. […] Un bruit nous interpelle. Un bloc de glace se détache. […] Il faisait bien 10 m, […] au moins 4000 tonnes de glace. Sur le bateau, en bons touristes, nous avions tous une caméra ou un appareil photo. Pourtant, aucun ne s’en est servi. Seul un Anglais a crié «Ho my God!»… Les autres sont restés bouche bée…»

Sur place, La Nacion publie aussi une très belle galerie photographique qui montre bien le déroulement du phénomène. Tout comme le Diario de la Republica qui fait dans la poésie en titrant que «la pointe de glace du Perito Moreno s’est rompue dans la solitude». Le bonheur était là, et il nous a échappé…

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