Éditorial 

Un vote qui sanctionne la politique de papa

ÉDITORIAL. Les causes qui fédèrent des centaines de milliers de personnes dans la rue produisent des effets lors des élections. Une évidence désormais, même à Berne où la sphère politique croit trop souvent qu’elle peut fonctionner en vase clos

Il faudra encore du temps pour analyser toutes les implications du vote de dimanche. Mais il apparaît déjà que la sanction des urnes constitue une révolution. Le peuple qui s’est finalement assez peu déplacé pour voter – au vu du taux de participation – a clairement exprimé son envie: un parlement plus jeune, plus féminin et plus en phase avec les questions sociétales. Ce qui s’est passé ne constitue rien de moins qu’un coup de bluff démocratique, un coup de génie tactique et, au final, un coup de force politique dans un système réputé verrouillé.

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On sentait poindre un besoin de changement, bien avant que le résultat des élections ne soit révélé. Des leaders politiques comme Petra Gössi ont compris l’importance de l’enjeu écologique, sans même parler des Verts et Vert’libéraux qui anticipaient un beau score, mais jamais une telle victoire. Les marches du climat puis celle des femmes – souvent le fait des plus jeunes générations – ont agité les discussions dans les familles, sur les lieux de travail ou de loisirs et influencé ceux qui votent.

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Sacrée leçon au moment où tout le monde s’interroge sur la crise de la représentativité des démocraties! Les calculs nourris de l’expérience du monde ancien ne permettaient pas de percevoir la vague monter. Il faudra s’en souvenir. Les causes qui fédèrent des centaines de milliers de personnes dans la rue produisent des effets lors des élections. Une évidence désormais, même à Berne où la sphère politique croit trop souvent qu’elle peut fonctionner en vase clos.

Le vote de ce week-end témoigne d’une société suisse beaucoup plus en phase avec l’époque que ses représentants passés. Dimanche, les électeurs ont en quelque sorte tué le père, à savoir ce parlementaire grisonnant, du costume jusqu’aux cheveux, toujours prêt à vous expliquer que «la politique, c’est compliqué».

Ils ont envie de voir sous la Coupole des gens aux personnalités plus marquées et diverses. Certains des nouveaux élus sont de complets novices de la chose publique. Déjà les commentateurs leur demandent s’ils s’en sortiront. N’ont-ils pas compris que le peuple veut justement voir des petits nouveaux à l’œuvre?

En politique, saisir l’air du temps ne sert à rien si cela ne permet pas de nourrir un solide projet. Nous jugerons sur pièce si la classe 2019 permettra d’obtenir de grandes avancées. Ces nouveaux élus représentent-ils un danger pour le libéralisme à laquelle la Suisse est attachée? Il faut relever que, sous la dernière législature, réputée favorable à l’économie, la Suisse a reculé de quatre rangs dans le classement de la compétitivité du WEF. La fin d’une certaine orthodoxie dans tous les domaines peut donner un nouvel élan.


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