La plainte pénale déposée la semaine dernière à Zurich par le curateur de la faillite de Sabena contre les organes du défunt SAirGroup est le plus récent épisode du feuilleton judiciaire qui tente de démêler l'écheveau d'une des déconfitures les plus spectaculaires que l'Europe moderne ait connue. Selon les représentants de l'ancienne compagnie aérienne belge, son actionnaire suisse aurait, dès son entrée dans le capital de Sabena, entrepris de la piller méthodiquement à son seul profit, pour aboutir, conséquence logique, à sa mort économique.

Cette version s'inscrit parfaitement dans la vision d'une entité belge qui voit le diable porter la croix blanche, après avoir salué son arrivée en sauveur. Ce manichéisme naturel ne doit pas, du reste, discréditer cette action aux yeux d'un public suisse trop souvent condescendant à l'égard des Belges. Mais quels que soient les mérites de la démarche judiciaire entreprise en Suisse par l'ex-Sabena, elle devra déboucher sur un procès. Un vrai procès. Ce n'est pas un espoir, c'est une exigence. Que la facture de la débâcle Swissair – deux milliards pour le contribuable suisse – suffit à justifier.

La Suisse a trop tendance à voir les scandales qui la secouent se terminer en eau de boudin. L'affaire des barons du fromage en est un bon exemple. Plutôt que celui de la presse, de la politique ou de l'opinion, le cas SAirGroup nécessite le verdict du tribunal, qui devra décortiquer la nature des errements qui ont mené à cette crise. Dans un débat si passionnel – trois ans après, les plaies restent vives –, qui lie à ce point la symbolique aux intérêts de deux Etats souverains, le rôle d'une justice libre sera d'une importance cardinale. Aujourd'hui, les principaux accusés de l'affaire Swissair continuent de se taire. Ils ne parleront que face aux juges. Il est grand temps de leur donner la parole.

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