Il faut peut-être regarder autrement les résultats du oui à la loi covid de dimanche dernier. Une participation record, 65%, qui donne une approbation à 62%. C’est un signe, un «soutien fort» a-t-on pu dire, à la politique et aux mesures gouvernementales prises depuis presque deux ans contre la pandémie et à celles à prendre. Mais il est aussi possible de s’adonner à un peu d’arithmétique désagréable. De l’ensemble du corps électoral, 40% (donc le 65% du 62%) a fait l’effort concret d’approuver ce texte. Et 35% ont préféré s’abstenir. Cela donne une image plus nuancée que la communication officielle, à laquelle il faut ajouter qu’une majorité des 18-34 ans a déposé un non dans l’urne.

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Il en ressort une manière d’adhésion un peu fraîche, moins colossale en tout cas, aux mesures gouvernementales. Or, Daniel Koch, l’ancien responsable du dossier à l’Office fédéral de la santé publique, et mille autres avec lui, ont toujours fait de cette adhésion une priorité absolument essentielle. Parce qu’une mesure n’est presque rien sans une population qui croit en sa justesse, à son efficacité plausible et à son bon sens. Rappelons-nous les atermoiements ou incertitudes sur les masques, dès le début de la crise. Ou, par exemple, le pataquès, lors de vagues précédentes, des mesures cantonales différentes et contradictoires.

Au cœur du dispositif, les appels répétés à l’adhésion au vaccin devaient permettre une sortie de crise. Mais la crise est revenue, et les millions de vaccinés peuvent avoir le sentiment d’une promesse moins tenue qu’ils l’attendaient. Bien sûr, le Conseil fédéral n’y peut rien, c’est la faute aux non-vaccinés. Mais pas seulement: car si les vaccins fonctionnent et demeurent indispensables, leur efficacité baisse plus vite qu’attendu. Conséquence: ceux qui ont fait l’effort de se faire doublement ou triplement piquer, et qui se retrouvent avec les mesures récentes traités comme tous les non-vaccinés, ne devant plus quitter leur masque et se mettre en quarantaine en revenant de l’étranger, se demandent avec une colère montante à quoi sert encore le certificat covid.

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Ces derniers jours, le Conseil fédéral a souhaité aller vite, mais a parfois donné un sentiment de nervosité et de précipitation, par exemple sur les quarantaines pour les voyageurs, qui n’ont de fait jamais démontré de réelle efficacité. Cette énième vague du virus sera ainsi celle de la légitimité des mesures à prendre, et de la manière avec laquelle le gouvernement entend garder la confiance populaire. Y compris celle des personnes déjà vaccinées.


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