Cent cinquante ans. «Perpète» pour avoir monté la plus grande arnaque à l’épargne de tous les temps. Aussi sévère que celle imposée à un meurtrier, la peine reflète, autant que l’ampleur de la martingale montée par Bernard Madoff, la révolte de l’opinion publique américaine face à une arnaque censée symboliser les excès de «Wall Street».

Histoire classée? Nullement. La condamnation, expiatoire, de l’escroc new-yorkais ne doit pas clore le dossier Madoff. Une «affaire dans l’affaire» reste toujours à juger, aux Etats-Unis mais aussi en Europe. Celle révélant comment des dizaines de sociétés financières ont canalisé, durant des années, l’argent confié par des clients crédules vers la spirale infernale imaginée par Madoff.

A l’évidence, l’objectif, très prosaïque, de la plupart des plaintes déposées par les victimes de la fraude est d’obtenir des dédommagements de la part de ces sociétés ayant, indirectement, participé à leur ruine. Or il peut paraître facile d’accuser, après coup, un financier d’avoir octroyé sa confiance à l’un des maîtres du courtage new-yorkais, sur lequel même les gendarmes de la bourse n’eurent rien à redire. Et, comme le remarque à juste titre un avocat, «on peut accuser de stupidité un conseiller financier, cela n’en fait pas un criminel».

Le fond du problème est ailleurs. Ce n’est pas tant l’aveuglement de ces «rabatteurs» que la justice doit mettre au jour. Mais le faisceau d’intérêts personnels qui les a conduits à confier avec autant de largesse l’argent de leurs «clients» à Bernard M. Au mépris de toute vérification, de tout travail visant à comprendre les rendements magiques promis par ce dernier. Seules des plaintes au pénal pourront contribuer à faire la lumière sur le système complexe de commissions – souvent évanouies sur des comptes off­shore – qui a permis à la galaxie des intermédiaires de Madoff de faire fortune. Il s’agit en somme de révéler, non plus simplement les ressorts de l’escroquerie du siècle, mais bien l’un des versants les plus sombres du système financier.