Les partisans du développement du rail peuvent sans doute remercier, ironiquement, l’aile droite du parlement, qui a fait le forcing pour augmenter l’enveloppe financière de l’armée, y compris l’achat d’un nouvel avion de combat. En agissant ainsi, cette aile droite a ouvert le débat sur les priorités financières de la Confédération. Car le risque existe que les investissements militaires entraînent des coupes dans d’autres domaines, comme la recherche ou les transports.

Le Conseil fédéral, qui a toujours estimé que le remplacement des Tiger devait se faire par un financement spécial et non par le budget fédéral ordinaire, a apporté sa réponse mercredi: les infrastructures de transport sont l’une de ses priorités. En acceptant d’ouvrir davantage sa bourse pour le réseau ferroviaire, il répond à une critique qui lui a été faite lorsqu’il a présenté son avant-projet ce printemps. Selon celui-ci, les usagers, les pendulaires, les cantons, tout le monde passait à la caisse, sauf la Confédération.

La bonne marche des affaires – le budget 2011 bouclera avec un excédent de 1,4 milliard – et le risque de voir les dépenses militaires prendre le pas sur d’autres investissements ont eu raison de sa résistance. Encore faudra-t-il que le Conseil fédéral confirme cette option lorsqu’il dira comment il compte compenser les dépenses supplémentaires prévues pour l’armée.

Mais on n’en est pas là. Tel qu’il a été adopté mercredi, le projet de fonds d’infrastructure ferroviaire (FIF) a davantage de chances d’être accepté par le parlement et le peuple. Mais on est encore loin du compte. D’une part, la contribution attendue des usagers vient s’ajouter aux hausses de tarifs que les CFF prévoient pour l’achat de nouveaux trains. L’addition promet d’être lourde.

D’autre part, le volume d’investissement de la première étape ne suffira pas à faire face aux demandes. La Suisse romande est jugée prioritaire parce qu’un besoin de rattrapage a été – enfin – identifié dans cette partie du pays. Mais la pression des autres régions et des CFF eux-mêmes, qui militent pour la construction rapide d’un nouveau tunnel entre Aarau et Zurich, promet une sacrée concurrence entre les projets. On se réjouit de voir le parlement, pour qui la mobilité militaire aérienne semble primer sur la mobilité professionnelle terrestre, en débattre.