Le Conseil national devrait se pencher à nouveau, ce jeudi, sur les noms de famille. Dans l’hypothèse où les élus se rallieraient aux propositions du Conseil des Etats, la Suisse aurait réalisé l’égalité des sexes dans la transmission du nom de famille.

S’il y parvient, le parlement aura longtemps tâtonné. Et pour ne discriminer ni l’homme ni la femme, la proposition qui sera débattue cette semaine n’a pas pu trouver de meilleure solution que de remettre aux parents le choix du nom qui doit être transmis à la génération suivante.

Victoire de l’égalité sans doute, mais qui ne doit pas occulter les mécanismes qui sont à l’œuvre. Car c’est une égalité par défaut que consacrerait en réalité ce projet. Une égalité gagnée au prix de la privatisation du nom et de sa transmission, au prix de la dérégulation de ce qui, par excellence, relève de la société, des représentations collectives, de la loi.

Avec une telle réforme, la famille nucléaire le devient encore un peu plus. Elle perd une partie non négligeable de ce qui l’inscrivait dans un ensemble de règles s’appliquant à tous, transcendant les générations et exprimant la norme commune que se donnent les citoyens. Une sociologue comme la Française Irène Théry a raison d’observer que le nom devient alors comme le prénom: une décision qui ne se prend qu’à deux, dans le huis clos familial, et sur laquelle le législateur n’exerce plus qu’un très lâche contrôle – une affaire privée.

La famille, une affaire privée? La gauche, qui voit dans l’abolition de la transmission patrilinéaire du nom de famille un progrès vers l’égalité, ne semble pas être consciente du paradoxe qu’il y a à penser que pour réaliser cette égalité, il suffit de restituer à la sphère privée la responsabilité d’un choix forcément inégal.

L’égalité telle qu’elle est proposée est-elle une conquête ou davantage un renoncement? La question mérite d’être posée, comme il est aussi permis de s’interroger sur ce que l’égalité réelle des père et mère pourrait y gagner.