Conversation

Une affiche d'élus UDC contre la naturalisation simplifiée ulcère les réseaux sociaux

Les opposants manient le sous-entendu abusif et l’amalgame crapoteux pour faire campagne. Les internautes réagissent et les mèmes fleurissent

Un comité proche de l'UDC fait campagne contre une modification constitutionnelle, soumise au vote populaire le 12 février prochain: celle qui permettra une naturalisation simplifiée pour les étrangers de 3e génération. Simplifiée, mais pas automatique et assortie de conditions très restrictives.

Mais de cela, le comité n’a cure. Il sort donc les grands moyens, comme elle en a coutume. En l’occurrence, une affiche placardée dans les gares et les rues qui montre une femme en burqa escortée de cette question: «Naturalisations incontrôlées?» et sa réponse: «Non à la naturalisation facilitée».

L’attaque est frontale, l’amalgame violent, le sous-texte brutal. Nous traduisons en clair: dire oui à cette modification constitutionnelle ouvrirait la porte à toute une population musulmane radicalement islamisée. Elle est l’œuvre, nous apprend SwissInfo, de l’agence Goal, dont le responsable, Alexander Segert, a récemment été qualifié par le Financial Times de «gourou publicitaire de la nouvelle droite européenne». SwissInfo ajoute: «Dans une interview au quotidien britannique, Alexander Segert a défendu le travail de son agence: «Les campagnes les plus controversées que nous avons faites pour l’Union démocratique du centre ont permis d’accroître considérablement le taux de participation. Il vaut mieux que les gens se sentent gênés et aillent ensuite voter, plutôt qu’ils restent calmes mais ne se déplacent pas aux urnes"».

Aussitôt répandue dans la nature, l’affiche de l’UDC ulcère évidemment le camp adverse. A l’enseigne du hashtag #CHvote, un Secrétaire politique du @ps_vd, vice-président du PS Vevey, Julien Rillet, s’écrie:

Lui fait écho le journaliste Grégoire Barbey qui s’interroge, lui aussi:

Quant au président des Verts vaudois, Alberto Mocchi, il n’hésite pas à attribuer le prix de l’affiche la plus bête à ce nouvel opus de l’UDC.

Tandis que sa collègue Adèle Thorens fulmine: «Invraisemblable. Il y a un minimum de règles contre la publicité mensongère. Mais en politique, on peut simplement dire n’importe quoi»

Mais Twitter, c’est contraignant. Aussi les commentaires ne s’épanouissent jamais aussi bien que sur Facebook. Un exemple, sur la page de la journaliste Chantal Tauxe qui décortique: «Suffira-t-il de mettre une burqa sur une affiche pour effrayer les Suisses? J’espère bien que non, ou alors la qualité du débat public sera tombée bien bas. Pour mémoire, la proposition de naturalisation facilitée de la troisième génération, sur laquelle nous votons le 12 février, touche essentiellement les Italiens, les Espagnols et les Portugais. Puis les Turcs, mais si on redoute la naturalisation des burqas, alors il s’agit de Turques, donc cela divise encore par moitié le nombre déjà pas élevé de candidats potentiellement concernés, et franchement, vous en connaissez des Turques qui portent la burqa? Et pourquoi ne viser que les jeunes femmes de moins de 25 ans??? Sont-elles supposément moins intégrées que les garçons?). Cette affiche est du grand n’importe quoi!».

Des dizaines et des dizaines de commentaires et de commentaires de commentaires lui font écho. Et les mèmes, ces détournements parodiques que la Toile aime à créer accentue le trait. A l’image de ceux de David Crettenand: sur la même femme en burqa, ce texte: «De la neige pour skier? Non au réchauffement climatique».

Mais il y a eu plus fort encore: le faux tweet de Donald Trump commentant l’affiche de l’UDC: «They make Switzerland great again. Great Great Great advertisement. Cleverness is over-rated». Avec ce commentaire, plein de sous-entendu: «Et il l’a déjà supprimé».

Il fallait pour cela le génie du compte certifié de la papesse des réseaux sociaux de la RTS, Magali Philip. Qui tentait nous dit-elle, une expérience. Y en a-t-il qui se sont laissés prendre?

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