Editorial

Une Allemagne rassurante, mais manquant de souffle

En dépit de l’autorité morale dont la chancelière Angela Merkel a su faire preuve, l’absence de vrai débat démocratique au cours de la présente campagne électorale est préoccupante. Or les défis à relever sont nombreux

Où en est l'Allemagne? Alors qu'Angela Merkel devrait être réélue dimanche pour un 4e mandat consécutif, Le Temps a sondé le pays et vous propose toute la semaine de revenir sur les grands défis qui attendent la plus grande puissance européenne

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On peut s’en réjouir. Dans un environnement international déstabilisé par une administration américaine imprévisible, par le Brexit et par des pays de l’Est (Pologne, Hongrie) prêts à sacrifier les «valeurs européennes» sur l’autel d’un nationalisme rampant, l’Allemagne rassure. A l’image de sa chancelière, que près de 37% des Allemands souhaitent maintenir à la tête du pays, notre grand voisin du nord est volontiers vu aujourd’hui comme le rare défenseur de l’ordre libéral d’après-guerre. La stature morale d’Angela Merkel y est pour beaucoup. Qu’il s’agisse de sanctionner la Russie pour son annexion de la Crimée, même si une telle mesure va à l’encontre des intérêts économiques allemands, ou d’accueillir un million de migrants pour répondre à une urgence humanitaire, Berlin a suscité une vague d’admiration à l’étranger, même s’il a depuis en partie corrigé le tir. L’Allemagne rassure aussi en tant que plus grande puissance économique du continent: croissance de 9% depuis 2013, chômage réduit de moitié en dix ans, budget équilibré.

Et pourtant. La présente campagne électorale a mis en évidence des zones d’ombre. La quête de stabilité a tué le débat contradictoire. Le candidat social-démocrate à la Chancellerie, Martin Schulz, n’a trouvé aucun argument pour désarçonner une Angela Merkel qui s’est approprié une partie du programme du SPD, adversaire électoral et partenaire de coalition. Sans perspective d’alternance politique, sans débat sur les grands enjeux du futur, la démocratie allemande s’endort. Le slogan de campagne d’Angela Merkel en est une illustration: «Pour une Allemagne où il fait bon vivre». On est loin de l’esprit de combat démocratique permanent qui animait le premier chancelier de la République fédérale, Konrad Adenauer. La formidable capacité d’Angela Merkel à forger des compromis, à s’adapter à des situations qui changent en permanence, a toutefois permis de créer un sentiment de satisfaction qui semble correspondre à l’état d’esprit d’une majorité d’Allemands.

De la satisfaction à l’autosatisfaction, comme le souligne la Neue Zürcher Zeitung, il n’y a qu’un pas. Or les défis à relever, que Le Temps développera tout au long de cette semaine, sont nombreux. Forte de ses préceptes d’austérité dont elle est elle-même prisonnière, l’Allemagne n’investit pas. La dégradation de ses infrastructures pourrait se payer un jour au prix fort. La crise démographique est une autre bombe à retardement. La précarité salariale produit toujours plus de working poor. Les écarts entre les parties orientale et occidentale du pays se creusent de nouveau.

Pour l’Europe, qui a besoin d’une Allemagne forte et intégrée, Berlin ne peut se contenter de (bien) gérer les affaires courantes. Il doit se projeter dans l’avenir. Mais il lui manque un souffle. Un parti populiste de droite semble déjà tirer profit de cette torpeur politique: Alternative für Deutschland (AfD) est créditée de 11% des voix. Elle pourrait rendre le quatrième mandat d’Angela Merkel beaucoup plus compliqué.

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