Le Temps est parti durant cinq jours sur les traces de l’écrivain Jack Kerouac (1922-1969). Objectif? Nous voulions, d’abord, offrir une respiration estivale américaine, après les révélations de la commission sur l’attaque du Capitole, les remous provoqués par les décisions de la Cour suprême et les tensions liées à l’inflation. Mais aussi prendre le pouls des Etats-Unis à quelques mois des cruciales élections de mi-mandat. Le tout, loin des tourments de Washington.

Des générations entières

Avaler plus de 2800 kilomètres de route, avec On the Road (1957), le roman phare de Kerouac, en tête, c’est d’abord se remettre dans l’état d’esprit de cette rage de vivre et de faim de découvertes véhiculées par l’écrivain dans une Amérique corsetée au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. En sillonnant dès 1947 les Etats-Unis de long en large, en racontant ses périples via une écriture spontanée infusée de rythmes de jazz, la liberté en étendard – parfois aidée par certaines substances – Kerouac a inspiré des générations entières. Une marque s’en est même servie pour vendre ses pantalons de baroudeur kaki.

Notre dossier: Sur les traces Jack Kerouac

Bien sûr, en 2022, le road-trip prend des contours différents. Il permet d’abord de mesurer les effets concrets de l’inflation et de la guerre en Ukraine, avec le gallon d’essence (3,8 l) qui tournait autour de 4 dollars près de Denver pour dépasser les 8 dollars dans certaines régions de Californie.

Une Amérique polarisée

L’Amérique de 2022 est aussi plus polarisée que jamais. Mais sur le terrain, les trumpistes du Wyoming n’avaient rien des insurgés fous de l’attaque du Capitole. Dans un magasin d’armes du Nevada, les inconditionnels du deuxième amendement étaient très réceptifs aux discussions. Et les mormons de Salt Lake City, s’ils représentent cette droite religieuse dure qui a porté Trump au pouvoir, ne constituent en rien un bloc monolithique: plus de 47% des moins de 40 ans ont voté en faveur de Biden en 2020.

Les Etats-Unis, terre de clichés et de contradictions, de contrastes et de nuances, aussi. Comme Kerouac, catholique attiré par le bouddhisme qui, à la fin de sa vie, rongé par l’alcool, se repliait dans ses convictions conservatrices, alors que son ex-compagnon de route Neal Cassady se baladait dans un bus psychédélique pour faire la promotion du LSD et qu’Allen Ginsberg devenait la figure de proue de mouvements de contestation.

Plus d’un demi-siècle plus tard, l’œuvre de l’ambigu Kerouac reste plus pertinente que jamais pour lire l’Amérique contemporaine.


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