C'est un dossier extraordinairement sensible que le Conseil d'Etat vaudois vient d'ouvrir. Avec une volonté de transparence qu'il convient de saluer, le gouvernement a rendu public un rapport accablant de l'inspection des finances sur la distribution des aides sociales.

Quelques jours avant de passer au Département des travaux publics, le conseiller d'Etat Philippe Biéler a pris sur lui de révéler les défaillances du service cantonal de la prévoyance sociale et de la Ville de Lausanne. Le geste est précieux. Car en apportant la caution humaniste liée à son étiquette écologiste, ce magistrat évite que la démarche gouvernementale soit réduite à une dimension idéologique: on imagine sans peine le tour qu'aurait pris le débat politique si le libéral Charles-Louis Rochat, successeur de Philippe Biéler, avait été chargé de la publicité à donner au dossier. Il est donc bon que ce soit un homme de gauche qui dénonce un laisser-aller administratif dont la responsabilité première revient à des socialistes, que cela soit à l'échelle du canton ou de la commune de Lausanne.

S'abandonnant à un confort moral porté jusqu'à l'aveuglement, ces magistrats ont laissé trop longtemps sans contrôle une assistance basée sur le principe de l'arrosoir. Ce système est pourtant largement antisocial à force d'encourager les abus. Philippe Biéler ne dira pas le contraire, lui qui en 1996 déjà dénonçait «la dimension kafkaïenne de notre filet social».

Cette responsabilité de l'Etat exige que le problème, dont on commence seulement à percevoir l'ampleur, soit réglé avec une bonne dose d'humanité. On ne peut pas assimiler à quelques cas d'escroquerie la plupart des personnes qui ont profité d'une aide excessive ou carrément indue. Plutôt que de réclamer les sommes qu'il a distribuées trop généreusement, l'Etat devrait plutôt décréter une «amnistie sociale». C'est sans doute à ce prix qu'il parviendra à cibler enfin son aide sur ceux qui en ont vraiment besoin.

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